Que nous réserve le réchauffement de la planète ?

En février 2007, à Paris, les experts mondiaux du climat ont annoncé la révision de leurs précédentes estimations. Au final ? Un niveau des mers qui n’arrête plus de grimper, des coraux qui vont transpirer jusqu’à en rendre l’âme, etc. Bref, du changement en perspective… qui s’observe déjà ! 

Le dernier rapport du GIEC - Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat – vient de sortir. Côté températures, les experts ont affiné leurs prédictions grâce à de nouvelles études. En 2001, ils annonçaient une hausse des températures allant de +1,4 à 5,8°C d’ici à 2100. Aujourd’hui, ils parlent plutôt de +1,8 à 4°C. Tout de même ! 


Montée des eaux

Des îles rayées de la carte 

En l’occurrence, ils ont calculé une augmentation minimale du niveau des mers de 19 à 37 cm, maximale de 28 à 58 cm d’ici la fin du siècle, chiffres impressionnants que d’autres équipes estiment encore sous-évalués du fait de l’hypothèse non prise en compte d’une fonte précipitée des glaciers… A ce propos, ne vous y trompez pas. L’élévation du niveau des mers (+3,3 mm/an entre 1993 et 2006) n’est pas liée à la fonte de la banquise comme on l’entend souvent, mais essentiellement à la dilatation thermique de l’océan. En gros, plus l’eau est chaude, plus elle occupe de place.

Résultat, la mer monte ! Un phénomène qui va bouleverser l’existence de millions d’êtres humains sur les côtes. Et les îles bien sûr : certaines d’entre elles, paradisiaques, sont à deux doigts de disparaître. Si vous voulez les découvrir, n’attendez plus... Ainsi, dans le Pacifique, les 11 000 habitants des neuf atolls des Tuvalu (dont le point culminant se situe à 5 m au-dessus du niveau de la mer) se préparent à fuir. Au train où vont les choses, leur état sera rayé de la carte dans moins de 50 ans. La Nouvelle-Zélande a accepté d’accueillir ces premiers réfugiés climatiques…

Cauchemar du même type au pôle Nord pour les Esquimaux dont les villages bâtis sur le sol gelé – le permafrost – s’effondrent avec le dégel. Comment s’en étonner ? Rien qu’au Groenland, entre 2003 et 2005, des géophysiciens ont calculé une perte de 100 milliards de tonnes de glace par an ! 

Les coraux résisteront-ils ?

L’océan est un allié précieux dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il a la bonté d’absorber la moitié des émissions de CO2 (le dioxyde de carbone est un gaz à effet de serre rejeté en masse par les activités humaines). Ce qui, hélas, ne résout pas tous nos problèmes, et pire, lui en créé à lui !

Des chercheurs ont effectivement découvert que le CO2 peut être stocké à grande profondeur, au-delà même de 4000 mètres, et qu’il y reste très longtemps. Dans l’eau, il est transformé en acide carbonique qui justement rend le milieu plus acide, ce qui à terme risque de ronger les coquilles, carapaces, etc. calcaires que portent de nombreux organismes marins. Pourrons-nous demain savourer autant de fruits de mer qu’aujourd’hui ? Rien n’est moins sûr...

Et si l’on savait déjà que l’acidité générée par l’accumulation de CO2 menaçait sérieusement les récifs coralliens, les coquillages et le plancton près de la surface, on vient seulement de réaliser que les écosystèmes des profondeurs (faits d’autres coraux) - et par ricochet les poissons dont ce sont les habitats - sont mis en péril par le même phénomène !

Autre volet évoqué par le GIEC, la disparition des récifs coralliens, en particulier de la barrière australienne (350 000 km² de coraux), suite à l’élévation de la température. 20% des récifs coralliens dans le monde ont été détruits pour cette raison, 25% sont dans un état critique, 25% menacés, seuls 30% sont dans un état satisfaisant. Pas étonnant que la ciguatera se développe à ce point chez les poissons tropicaux en ce moment… 

Poissons, dauphins et tortues 

Le territoire français, qui en compte 55 000 km² et possède la seconde plus grande barrière au monde en Nouvelle-Calédonie, est directement concerné. Selon le GIEC, une hausse des températures de 2 à 3 degrés par rapport à 1990 conduirait à « une mortalité à grande échelle ». Alors imaginez au-delà !

A propos des poissons, vous qui plongez depuis longtemps sur nos côtes en Méditerranée avez certainement remarqué des changements ces dernières années : plus de bécunes, de requins peau bleu, etc. Quant aux rougets, anchois et sardines, poissons du sud, il n’est plus rare qu’ils s’aventurent en Mer du Nord. Et oui, le changement climatique a des répercussions sur la répartition des espèces (un avantage pour vous). Et sur leur santé… Les baleines n’ont plus assez de plancton à se mettre sous le fanon, les marsouins meurent affamés en Europe (faute de ne plus trouver de lançons, leurs proies favorites) et certains dauphins supportent mal les écarts de température. 

Bref, « la disparition en masse de mammifères marins a augmenté, et lorsqu’il s’agissait de causes virales, les facteurs environnementaux ont contribué à la propagation des maladies ou ont diminué les capacités immunitaires des animaux » assure un rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Même constat chez les tortues vertes qui présentent de plus en plus de tumeurs. Plus généralement, chez les tortues marines, la température dans les nids déterminant le sexe des bébés, les populations se féminisent dangereusement. Et sans mâles, comment perpétuer la descendance ? Il est certain aujourd’hui que chaque être vivant sur la planète n’aura pas le choix. Il lui faudra s’adapter, ou disparaître…

Caroline Lepage 

(Article paru dans le magazine de plongée sous-marine, apnée et chasse Apnéa en 2007. Nous sommes en 2025, la canicule est inquiétante pour tout le monde. Donc n'oubliez pas de profiter pleinement de vos prochaines vacances si vous avez la chance de partir sur une belle île, en Mer Méditerranée ou ailleurs, beaucoup plus loin des côtes françaises... Tant qu'il reste des îles paradisiaques sur notre chère "Planète Bleue" 😎)


Le Bassin Méditerranéen se réchauffe plus vite que le reste du globe

  


Info' en plus

Aux pôles ?

Très sensibles au climat (surtout le pôle Nord), les pôles vont être surveillés par 50000 chercheurs du monde entier impliqués dans les 200 programmes de l’Année Polaire Internationale lancée en mars 2007 (jusqu'au 1er mars 2009)… En Arctique, la surface de la banquise diminue à un rythme accéléré (25% perdus en 25 ans). Selon les experts, dès 2040, elle pourrait même disparaître l’été. Or, les ours polaires ont besoin d’elle pour atteindre leurs proies – phoques, morses, etc. – et accumuler suffisamment de graisse pour affronter l’été. Celles-ci devenues quasi inaccessibles, beaucoup maigrissent dangereusement. D’autres se noient entre les plates-formes de glace de plus en plus éloignées. Fait nouveau, ils deviennent cannibales ! 

Et ce ne sont pas les seuls à souffrir. Des biologistes ont observé de très jeunes morses abandonnés en mer, situation inquiétante quand on sait à quel point ils dépendent de leur mère les 2 premières années... Aujourd’hui, elles qui sont obligées d’aller chercher de quoi manger de plus en plus loin prennent le risque de perdre leurs petits, condamnés, s’ils se retrouvent isolés sur un bloc à la dérive. Condamnés, les bébés phoques le sont aussi cette année, d’après les experts canadiens : des dizaines de milliers sont morts parce que la glace s’est rompue plus tôt que d’habitude dans le golfe du St-Laurent ! Quant aux lions de mer en Alaska, leur nombre est en chute libre depuis que le changement climatique leur a enlevés les poissons les plus nourrissants…


LITTORAL, EAU, OCEANS, PLONGEE, ENVIRONNEMENT MARIN
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