2003, l'année des calmars géants !
Qui aurait pu prévoir que le kraken, adversaire démesuré du capitaine Némo dans le roman de Jules Verne "20 000 lieues sous les mers" allait réellement surgir des abysses ? Et pourtant, aux frontières de l’imaginaire et du réel, la Bête qui peut peser plusieurs centaines de kilos n’hésite pas de temps en temps à montrer le bout de ses tentacules en surface. Jusqu’ici, malgré de nombreuses expéditions sous-marines, personne n’a pu l’observer, vivante, dans son habitat naturel que l’on suppose entre 300 et 1500 mètres. Ainsi, toutes les connaissances acquises sur les calmars géants proviennent des échouages (une quarantaine ces dix dernières années), de l’extrapolation des marques qu’ils laissent sur le museau de leur prédateur, le cachalot, et justement de l’étude du contenu gastrique de ce cétacé.
Mensurations
titanesques
En mars, le navire de pêche a finalement ramené en
Nouvelle-Zélande un beau spécimen de calmar colossal (Mesonychoteuthis
hamiltoni), une femelle de 5 mètres de long, 150 kilos et dont la croissance
n’était pas encore achevée. En effet, selon les scientifiques, cette espèce,
connue depuis 1925 pourrait, à terme, peser jusqu’à 350 kg. De quoi faire pâlir
le calmar géant (Architheutis dux), héros de la rencontre d’Olivier de
Kersauson, pouvant peser jusqu’à 275 kilos pour une taille supérieure à 10
mètres de long, sans les tentacules !
Comme leurs cousins qu’on a l’habitude de déguster en beignets, ces deux espèces sont munies de huit bras, et deux tentacules qui leur permettent de saisir une proie avant de la broyer à l’aide de leur bec. Mais que mangent-ils d’ailleurs ? Sigurd Von Boletsky, chercheur au CNRS à l’Observatoire de Banyuls, spécialiste des céphalopodes, explique que l’on connaît à peu près le régime alimentaire de ces animaux en analysant le contenu de leur estomac. Verdict : ils raffoleraient de poissons… et d’autres calmars ! Quant au mythe qui raconte qu’ils apprécieraient également un bon morceau de cachalot, il ne semble pas fondé : "Lorsqu’un cachalot fait surface, luttant contre un calmar géant, c’est probablement qu’il s’en prend à une proie trop grande. Mais, contrairement aux idées reçues, ce ne serait pas le calmar qui attaque le premier !" explique le biologiste, avant d’ajouter "les ventouses des bras ont un effet très vigoureux sur la peau, c’est un automatisme qui fonctionne comme un système de pistons. Ainsi, le calmar à l’agonie ne parvient plus à les décoller du museau du cétacé, qui se débat".
Vivre
dans le noir
Tâche
d’encre
Puisque ces animaux ont le sang bleu, comme les espèces plus
petites de calmars, leur est-il aussi possible d’envoyer de l’encre ? Souvent,
les récits des pêcheurs ayant rencontré des calmars géants mourant en surface
parlent d’une masse gluante et malodorante. Il pourrait s’agir d’encre…
Celle-ci, généralement jaunâtre à marron, est constituée de mucus et de
mélanine, un pigment brun doré à noir foncé, que l’on retrouve également dans
les chromatophores (ces cellules qui " animent " et colorent la peau
des céphalopodes au point d’en faire des rois du camouflage). Selon le
scientifique, la poche à encre est un caractère commun aux céphalopodes : c’est
un diverticule de la partie terminale de l’intestin. Seul le nautile en est
dépourvu. "Parfois, la taille de cette poche à encre est très importante,
comme chez les seiches par exemple. En revanche, elle est beaucoup plus petite
chez les calmars géants" commente Sigurd Von Boletsky. Sans doute parce
qu’ils n’ont pas besoin de cacher leur fuite dans un grand nuage d’encre noir,
il fait déjà si sombre dans les grandes profondeurs !
Est-ce qu’ils y vivent longtemps ? Le flou persiste sur l’espérance de vie… Généralement, les biologistes estiment l’âge des poissons et d’autres invertébrés marins en comptant les stries quotidiennes que portent les statolithes (organes calcifiés en forme de cailloux liés à l’équilibre), "mais la lecture de ces stries d’accroissement n’est pas encore validée chez le calmar géant. Donc, on ne connaît pas encore exactement leur durée de vie : entre 5 et 10 ans peut-être…" souligne le chercheur.
Un
beignet de calmar ?
On raconte qu’un beignet de calmar géant Architeuthis serait de la taille d’une roue de camion. Que penser pour un beignet de calmar colossal Mesonychoteuthis dont la largeur est encore plus impressionnante ! Un conseil : laissez votre appétit au placard… Votre estomac n’y résisterait pas. Même si la toxicité de la chair n’est pas connue, les tissus conjonctifs qui la composent renferment de l’ammoniac : "ce qui ne la rend pas très appétissante" plaisante finalement Sigurd Von Boletzky.
Info' en plus
Le poulpe géant n’existe pas !
Calmar géant filmé dans la Baie de Toyama, au Japon, en décembre 2015



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