Un candiru dans le zizi
Quand dira-t-on du candiru qu'il est plus amateur d'hémoglobine poissonneuse qu'obsédé du sexe humain ? Lorsque, après Grey's Anatomy, l'histoire aura fait le tour de toutes les séries américaines médicales, peut-être ? Mais de lui, de sa vie, de ses amours, que sait-on ? Peu de choses à vrai dire. Alors attardons-nous plutôt sur la mauvaise réputation de ce petit poisson vampire d'Amazonie…
Transparent, fin et discret, ne dépassant pas 15 cm, il passe inaperçu dans les eaux sombres du fleuve. Pourtant, les populations locales le craignent autant que les gros poissons ! Il faut dire qu'il parasite les seconds souvent brutalement au niveau des branchies : elles sont si appétissantes, ainsi irriguées de sang, miam… Ni une, ni deux, alléché, le candiru s'enfonce dans cette cavité et se cale à l'intérieur à l'aide d'épines situées en avant de sa tête.
Une fois installé à la source de cette "fontaine providentielle", il ouvre "le robinet" au niveau d'une artère, la "pression à l'intérieur de ce tuyau naturel" étant de son côté : enfin, le précieux liquide rouge jaillit ! Et glou, et glou, et glou, il s'en abreuve et en moins d'une minute, deux tout au plus, le voici repu.
Mais il y a plus effrayant, du moins de votre point de vue de lecteurs. Sur les bords du fleuve Amazone, on raconte que le candiru ne résisterait pas à l'appel des orifices de baigneurs qui se présenteraient à lui : anus, vagin, pénis. Il se murmure que sa préférence irait à l'urètre masculin en pleine miction. L'urée que contient l'urine humaine pourrait-elle l'attirer autant que le sang ? Hypothèse intéressante mais non. En réalité, il trouverait davantage ses victimes à la vue qu'à l'odorat. Et comme il adore les microcourants qui balaient les fentes branchiales du cyprin doré ou du cichlidé à deux points, le méat urétral à l'extrémité du gland d'un homme déversant un jet d'urine a un petit quelque chose de semblable. Il y aurait confusion dans la tête du candiru !
Dans les faits, des naturalistes relatent de tels « accidents » depuis le XIXe siècle. Cependant, le seul cas avéré et bien documenté est récent. Il date de 1997. Il a eu lieu au Brésil près d'Itacoatiara. Alors qu'un jeune homme sortait tranquillement son oiseau pour uriner dans l'eau, il se faisait pénétrer l'urètre sans avoir eu le temps de dire ouf ! Souffrant le martyre, les bourses salement enflées (d'où peut-être l'origine des expressions « j'ai les boules » ou « tu me les gonfles » ?), ses souffrances prirent fin quelques jours plus tard avec l'intervention par voie endoscopique d'un urologue, le docteur Anoar Samad, qui délogea l'intrus à la pince chirurgicale. Long de 13,4 cm, celui-ci est mort sans avoir vu la lumière au bout du tunnel… Les voies urinaires sont impénétrables !
Caroline Lepage, extrait du livre L'Amour Bestial (publié aux éditions du Moment, 2012)



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