Raies, requins : le retour de la psychose des Dents de la Mer

Après la psychose du requin, celle de la raie ! Depuis l’accident de Steve Irwin survenu en 2006, rien ne va plus dans l'esprit des humains qui ont vite une peur panique des poissons cartilagineux. A tel point que certains feraient presque passer la raie pastenague pour une bête féroce qui agresserait les baigneurs... Alors, risque de piqûre ou pas ? Dans "les pattes", ou dans le coeur ?

Depuis la mort d’Irwin, 44 ans, présentateur vedette de documentaires animaliers à la télévision australienne en 2006, les raies pastenagues ont fait quelques fois la Une de la presse anglophone... Petit rappel : le 4 septembre 2006, alors qu’il est en train de tourner un reportage sur la Grande Barrière de Corail en Australie, Steve Irwin « le chasseur de crocodiles » perd la vie dans un accident peu banal. 

L’aiguillon d’une pastenague, long de 20 cm, s’enfonce dans sa poitrine et perfore le cœur. Il le retire immédiatement avant de perdre conscience. Hélas, la blessure lui est fatale, non pas du fait du caractère venimeux de la piqûre, mais bien parce qu’elle s’apparente à un profond "coup de poignard" dans un organe vital.

Marseille, une raie pastenague (potentiellement dangereuse) vue à l'Estaque (La Provence, 2018)



Il s’agit du 3e cas mortel répertorié en Australie. Rare donc, et pour cause, les raies pastenagues ont la réputation d’être des animaux pacifiques et aux mouvements lents, n’utilisant leur dard qu’en cas de menace avérée. Nombreux sont les plongeurs et apnéistes qui ont eu la chance d’admirer la grâce de ces créatures en toute sécurité dans le monde entier. 

Etrange, quelques jours après l’annonce du décès, une bonne dizaine de pastenagues sont retrouvées mortes, la queue découpée, sur des plages du Queensland en Australie. Œuvre de pêcheurs pour les dépêtrer des filets ? Vengeance de fans désespérés ? La deuxième hypothèse semble la plus crédible. Les médias auraient-ils leur part de responsabilité dans cette affaire ? L’histoire ne s’arrête pas là.

Octobre 2006, la presse, alimentant encore la psychose, fait un parallèle entre le cas Irwin et celui de James Bertakis, 82 ans, frappé de la même manière. Enfin presque… Lui était à bord de son bateau près de Fort Lauderdale en Floride lorsqu’une raie-léopard a bondi sur le pont. En effet, il n’est pas rare d’en observer une « voler » hors de l’eau pour tenter d’échapper à son prédateur, un requin-tigre ou un requin-marteau bien souvent. 

En voulant remettre l’animal apeuré à l’eau, Bertakis prend son dard en plein cœur. Les chirurgiens parviennent à l’extraire et sauvent l’américain qui, aujourd’hui, se porte comme un charme. Si des accidents sans gravité, rares, sont parfois enregistrés avec les pastenagues, ils concernent surtout des baigneurs imprudents qui leur marchent dessus.

Effectivement, elles aiment s’enfouir sous le sable pour s’y camoufler, immobiles, et parfois à faible profondeur. Difficile alors de les remarquer ! Mais généralement, la rencontre entre êtres humains et raies pastenagues se passe merveilleusement bien, comme le confirme Harold, guide du Dolphin & Lagoonarium Expedition en Polynésie. Il emmène les touristes à la rencontre des dauphins à long bec, des baleines à bosse et des… raies grises du lagon de Mooréa. A chaque sortie, une dizaine d’heureux veinards se jettent à l’eau et se retrouvent en contact direct avec elles. « Depuis que je pratique cette activité - cela fait 10 ans déjà - il n’y a jamais eu d’accidents ! » insiste Harold.

« Juste un souci un jour avec un touriste américain pas très malin qui tenait les ailes des raies entre ses deux mains. Nous lui avons gentiment demandé d’arrêter, lui expliquant qu’elles n’étaient pas agressives, à condition bien sûr de les respecter. Avant de remonter sur le bateau, il a recommencé alors que sa femme était à ses côtés… Résultat, c’est elle qui a pris un dard dans le bras ! Rien de grave, sauf qu’ils étaient en voyage de noces et elle était très fâchée après lui, je ne suis pas certain qu’ils soient encore ensemble aujourd’hui » plaisante Harold.

Une chose est sûre, Bertakis, lui, risque de rester un cas à part pour très longtemps encore. Car pour ce qui est des raies-léopards, les baigneurs ne courent aucun risque, les plongeurs non plus, celles-ci préférant la tranquillité et nager en eau libre. D’autre part, elles sont capables de surprenantes accélérations lorsqu’elles veulent semer quelqu’un… Bref, pas de panique, la rencontre avec les pastenagues est un instant magique qui restera gravée pour longtemps dans votre mémoire, c’est certain !

Caroline Lepage (article publié en 2007 dans Plongée Magazine)


Les Dents de la Mer (version 2022 en IMAX, du film de Steven Spielberg, 1975 !)


Les sélaciens, une famille de poissons "armée jusqu'au dard" chez les raies !

Les pastenagues ne représentent qu’une petite partie des raies, cousines des requins (famille des sélaciens, poissons cartilagineux). Ayant une existence benthique, un corps plat, elles usent uniquement de leurs aiguillons - d’où leur autre nom de raies armées - pour se défendre, et non attaquer. 
Capables d’injecter du venin, leurs dards, présentant des sortes de ‘dents’, résultent de l’allongement d’une écaille placoïde de la peau. Ils caractérisent la famille des Dasyatidae qui compte environ 70 espèces réparties en deux sous-familles, celle des Dasyatinae, raies des mers (Dasyatis, Himantura, Pastinachis, Taeniura, Urogymnus) et celle des Potamotrygoninae, qui elles vivent dans les rivières d’Afrique et d’Amérique du Sud.

 

LITTORAL, EAU, OCEANS, PLONGEE, ENVIRONNEMENT MARIN
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