Alsace : la fidélité de la cigogne

A son nid ! Quand ils ne naissent pas dans les choux ou les roses, les bébés sont, paraît-il, déposés par les cigognes dans les maisons. Mais à elles, qui leur apporte les cigogneaux ? Question amusante, d'autant plus que ce bel et grand oiseau blanc à l'extrémité des ailes noire symbolise pour nous surtout, la fertilité...

En hiver, la cigogne apprécie volontiers la chaleur de l'Afrique du Nord. Mais ses amours, elle préfère les vivre en Europe – et jusqu'en Alsace – dès qu'elle atteint la maturité sexuelle, vers trois ans – une cigogne peut vivre plus de vingt ans. Aussi, elle voyage beaucoup. Lors de ses longues migrations, elle s'autorise quelques haltes en route, histoire de casser la croûte et reprendre des forces. Au menu ? Criquets et sauterelles, bourrés de protéines. Le reste du temps, elle mange aussi bien des rongeurs que de petits reptiles.

En mars-avril, le mâle arrive quelques jours avant sa dame sur le lieu de rendez-vous, où le couple a son nid attitré. Il se met immédiatement au boulot. En effet, les cigognes sont fidèles, surtout à leur nid en réalité. C'est lui qui peut souder les amants pour plusieurs années

D'ailleurs, s'il y a changement de domicile, pour cause d'occupation illégitime par d'autres amoureux sans vergogne – mais si ! –, le couple propriétaire risque fort de voler en éclats… Après ça, il n'y a plus qu'à se trouver un nouveau logement comme un nouveau partenaire : double injustice !

Soyons clairs : à l'origine, il ne viendrait pas à l'idée d'une cigogne d'abandonner le nid dont elle a commencé à bâtir les fondations, sur le toit d’un petit village paisible. La tâche n'est pas simple : le nid, perché en haut d'une cheminée de maison, mesure plus d'un mètre cinquante de large – les voisins ayant, eux, préféré installer le leur sur un pylône électrique, c'est un coup à finir rôtis ! De fait, il y a toujours quelques travaux d'aménagement à prévoir, le retaper un peu ici et là avec quelques branches, des herbes, de la terre. 

Ainsi, il sera opérationnel pour l'unique couvée de l'année. Ah ! voici enfin madame ! Elle va pouvoir apporter son aide, sans oublier de prendre le temps de roucouler un peu. Il va lui sortir le grand jeu et, pour une fois, faire du bruit – il craquette pour être exact – à l'aide de quelques claquements de bec. Parfait, ça fait fuir les voleurs de nids. Il y a toujours des malotrus qui tentent leur chance, alors il faut défendre son chez soi bec et ongles…

Franchement, ces retrouvailles entre amoureux sont torrides ! Le mâle fait le beau, jetant la tête en arrière et battant des ailes. La femelle, toujours aussi amoureuse, tente même de l'imiter parfois avant de céder. Et le couple remet ça plusieurs fois. Fait assez rare chez les oiseaux, le mâle dispose d'un vestige de pénis au niveau du cloaque. Mais c'est bien cloaques accolés que nos "tourtereaux" font "crac-crac", femelle debout et mâle sur son dos, battant des ailes pour essayer de tenir en équilibre

Plus tard, la femelle, à raison d'un œuf tous les deux jours, en pond jusqu'à trois ou quatre. Ensuite, même si elle se charge de les couver la nuit, en journée le mâle l'assiste car il faut attendre un bon mois avant l'éclosion. Le jour de leur naissance, les petits sortent tout blancs. Leur père, remarquable toujours, soutient sa compagne pour les élever. Le couple se relaie pendant deux mois et demi pour alimenter les cigogneaux avec quelques nourritures régurgitées de leur bec, le temps pour eux d'apprendre… à voler de leurs propres ailes. 

Ainsi, la nuit, les petits rentrent au bercail. C'est en juillet qu'ils quittent vraiment le domicile familial. Et ils ne connaîtront qu'un an plus tard la grande aventure de la migration vers le sud. Lorsque le mois d'août arrive, il est temps pour leurs parents de repartir vers l'Afrique : quelques milliers de kilomètres à parcourir, les cigognes ont bien mérité "ces vacances au soleil"

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