Sardine Run !
Fiesta de tous les diables qui se déroule sous la surface du côté de l’Afrique du Sud... Filmé avec brio par Jacques Perrin dans Océans, cet évènement hors du commun rassemble les grands prédateurs de la région autour de la migration hivernale des sardines. Pour leur bien-être, celles-ci doivent vivre entre 14 et 20°C.
Toute l’année, elles trouvent leur bonheur en Atlantique le long de la face ouest de l’Afrique (entre Angola au nord et Port Elizabeth en Afrique du Sud), zone qui bénéficie de l’upwelling du Benguela. C’est le plancton remonté par ce courant côtier froid qui intéressent les poissons.
Pourtant - allez savoir pourquoi ? - avant la
reproduction au large du Cap-Occidental, les sardines s’offrent un petit voyage
de juin à juillet sur 2000 km jusqu’au nord-est de la pointe de l’Afrique. Par
millions, elles longent le KwaZulu Natal en bancs gigantesques ! Cette
stratégie de masse vise sans doute à faire chuter la probabilité de finir dans
l’estomac d’un prédateur. Mais cela n’empêche pas les oiseaux, squales et
autres cétacés de les attendre de pied ferme près de Port St Johns, coin idéal
pour les prendre au piège.
Lorsque les fous du Cap, les dauphins communs et les requins cuivres lancent l’assaut, le festin commence dans une folle excitation. Tout ce beau monde est ensuite rejoint par les dauphins à long bec, tursiops, orques, requins sombres, requins taureaux et requins marteaux, rorquals, baleines à bosse et phoques qui n’en ratent ni une écaille, ni une arête !
Pourquoi les sardines visitent-elles les eaux
plus chaudes de l’Océan Indien ? Mystère… Mais une chose est sûre, elles
s’évitent le passage dans ce bain qu’elles trouveraient bouillant à leur
goût. Car elles profitent d’un courant saisonnier bien frais qui apparaît
l’hiver vers le large (un autre upwelling, de talus celui-ci). Se
faufilant dedans, elles peuvent facilement remonter l’Océan Indien jusqu’à Port
Alfred, voire Durban les bonnes années.
Le hic dans cette belle mécanique ? Le changement climatique. Pour l’Afrique du Sud, tant au niveau de la pêche que du
tourisme, le Sardine Run est essentiel. Or, avec la hausse des températures,
les experts craignent que le fameux courant froid dans lequel s’engouffrent les
bancs de sardines se réchauffe et n’aille plus autant au nord. Ce qui aurait de
graves conséquences sur l’économie de la région et perturberait toute la chaîne
alimentaire marine qui en dépend…
Caroline Lepage, extrait du livre "Pourquoi le dauphin ne dort-il que d'un oeil et la tortue marine pleure-t-elle ? Réponses brillantes à des questions pas si bêtes" (2021)
Sharks and dolphins "feeding frenzy" (BBC Earth, 2014)


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