Planète en surchauffe : le danger pour les poissons !
Les grands prédateurs marins (requins, cétacés, etc.) souffriront aussi d’une diminution des stocks de poissons. Quelles en seront les conséquences pour leur avenir ? Pourquoi n’y aurait-il que les animaux terrestres, les plantes et les hommes qui souffriraient du réchauffement de la planète ? Les poissons ont aussi leur lot de désagréments, sauf qu’eux ont moins de solutions que nous pour s’en protéger et n’en sont pas responsables…
1,4°C de plus d’ici la fin du siècle, 5,8°C pour les estimations les plus pessimistes… Ah, il va faire chaud sur Terre ! Profitant de la conférence des Nations Unies sur le Climat à Montréal début décembre 2005, l’Organisation mondiale de protection de la nature WWF a publié un rapport sur les risques encourus par les poissons. Pourquoi seraient-ils épargnés ?
Plus que d’enjeux écologiques, il s’agit aussi de l’avenir de l’homme. Aujourd’hui, 200 millions de personnes dans le monde vivent directement de la pêche. Et 75% des 132 millions de tonnes de poissons pêchées chaque année sont destinées à l’alimentation humaine. Raison de plus pour se préoccuper de cette ressource déjà fragilisée par la pollution et la destruction des écosystèmes.
Gims "Le pire" (2018)
Stressés !
L’organisme des mammifères, terrestres ou marins (dauphins, baleines,
phoques), est endotherme. Il parvient à conserver une température interne
stable en dépit des éléments extérieurs. Ce n’est pas le cas de celui des
poissons dit exotherme et plus vulnérable puisque dépendant de facteurs
environnementaux. Bien sûr, ils ont su s’adapter au froid polaire ou aux
chaleurs tropicales. Mais la température de l’eau et celle de leur corps
restent voisines.
Revers de la médaille ? Ils sont aussi plus petits une fois adultes. Côté reproduction, l’importance de la température est telle que certains (saumons, esturgeons, etc.) ne parviennent plus à frayer si elle ne tombe pas sous un seuil précis. Bref, mauvais plan en perspective pour les hommes qui vivent de la pêche de ces espèces sensibles et voient leurs revenus fondre comme neige au soleil.
Fuir
Le réchauffement des océans a commencé depuis une cinquantaine d’années déjà (années 1950-60). Modifications des précipitations, des courants marins, augmentation du niveau des mers, tous ces bouleversements affectent forcément les organismes marins. Les poissons n’ont qu’une solution, la fuite. Chercher la fraîcheur en profondeur ou sous d’autres latitudes. Problème, s’ils disparaissent d’un coup, c’est aussi un maillon de la chaîne alimentaire locale qui manque à l’appel.
Ainsi, les rencontres avec des girelles-paons, barracudas ou requins, poissons du sud méditerranéen, sont bien plus fréquentes désormais sur les côtes septentrionales, comme celles avec les rougets arc-en-ciel et les poissons lapin de Mer Rouge en Méditerranée orientale ! De là à parler de tropicalisation de la Méditerranée, il y a encore de la marge…
Asphyxie
En eau douce ? C’est pire encore. Soumis aux variations du niveau
des rivières et des lacs en périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes,
les poissons se retrouvent piégés et en manque d’oxygène. Seuls les plus forts
survivent.
D’ordinaire, beaucoup se réfugient au fond des lacs car la température y est plus basse. Elle est aussi moins oxygénée qu’en surface. La nourriture ? Elle vient d’en haut, de la matière organique issue de la décomposition des plantes aquatiques et animaux morts. Dés l’automne, les eaux de surface se rafraîchissent. Alourdies, elles se mélangent avec celles du fond et assurent une réoxygénation du lac.
Un bon bol d’air en somme qui est en
train de disparaître avec l’augmentation des températures et l’arrivée de plus
en plus précoce de l’été ! Les eaux de surface trop chaudes ne se
mélangent plus à celles du fond. Rien à se mettre dans l’estomac, ni dans les
branchies… Difficile de grandir correctement pour les juvéniles. Conséquence
pour les poissons, ils commencent à manquer de tout et se battent pour
survivre.
Ce système de couches aux températures et degrés d’oxygénation divers se retrouve dans le milieu marin où la densité de l’eau dépend en plus de la salinité. Les couches chaudes et moins salées, plus légères, restent en surface. Lorsque la saison froide arrive, elles se mêlent aux couches inférieures, froides plus salées. Là aussi, le réchauffement menace ce bénéfique mélange vertical. Bref, il y a urgences… et du "pain sur la planche". Avis aux décideurs : « si les gouvernements ne parviennent pas à freiner et à réduire les effets des changement climatiques, nous nous sentirons tous comme des poissons hors de l’eau ! » avertit Stephan Singer, responsable de la politique climatique du WWF en Europe.
Caroline Lepage (article publié dans le magazine Questions Réponses en 2005)
Le Grand Bleu "Spaghetti Del Mare" (1988)
Ciguatoxines... et ciguatera ("gratte") !
Lorsque l’eau se réchauffe, les poissons sont plus sensibles aux maladies. Et les germes, eux, raffolent des hautes températures, comme les algues… Voyez ces ‘marées vertes’ ou ‘rouges’, signes d’une prolifération de macroalgues ou microalgues toxiques (qui peuvent empoisonner poissons et humains qui les consomment) de plus en plus fréquentes ! Parallèlement, les défenses immunitaires des poissons ne sont pas en grande forme par fortes chaleurs, si bien qu’ils accumulent davantage de polluants comme le mercure et de toxines. Même dans les lagons, sous les Tropiques ! La ciguatoxine fait par exemple des ravages chez les poissons des récifs coralliens. Elle est responsable d’une intoxication alimentaire grave chez l’homme connue sous le nom de "gratte" ou "ciguatera".
La ciguatera, une étude pour mieux la prévenir (Polynésie, la Première, France Télévisions 2022)
Pêche durable ?
Prendre conscience de cette réalité galopante, ne pas hésiter à communiquer sur le sujet et être écocitoyen en économisant les ressources (électricité, carburant, etc.). Si, à l’échelle individuelle, cela semble bien parti, il reste aux gouvernements de prendre des mesures concrètes. « Pour rester en dessous du seuil de danger d’une augmentation de température de 2°C, ils doivent réduire leurs émissions de CO2 de 60 à 80% » précise le WWF. 60 à 80%, c’est énorme ! Et sans doute utopiste compte tenu de la difficulté pour les Etats à être ‘sur la même longueur d’onde’ en matière de politique climatique. Pour preuve le congrès de Montréal. Ils doivent aussi réduire la surexploitation des océans. Côté gestion durable des pêches le long des côtes, notre pays, la France, ne fait pas du tout figure d’exemple. Une étude publiée en décembre par l’Ifremer démontre même que les poissons se raréfient dangereusement dans les zones de pêche françaises… Allez, on se recommande une petite paëlla, aux fruits de mer ?

Commentaires
Enregistrer un commentaire