Au secours de la protection du littoral, des récifs coralliens "artificiels" (les Biorocks) !
Les Biorocks
Beaucoup ignorent leur splendeur et leur importance pour l’humanité (une vraie mine d’or pharmacologique, de quoi développer de nouveaux traitements en cancérologie par exemple). Alors pourquoi ce déclin ? Changement climatique, pollution, explosion immobilière sur les côtes, pêche à la dynamite et au cyanure sont autant d’éléments qui les fragilisent. L’eau n’est plus cristalline, se réchauffe et contient des substances toxiques, bactéries et virus dangereux pour les coraux.
La solution de Thomas Goreau est aussi étonnante que controversée par la plupart des experts. Lorsqu’eux préfèrent restaurer les zones endommagées et réfléchir aux moyens de réduire les facteurs de stress, lui développe depuis 1998, aux côtés de l’architecte Wolf Hilbertz, les Biorocks (surnommés ‘récifs Frankenstein’, car à mi-chemin entre artificiels et naturels). Il s’agit d’armatures métalliques immergées sur lesquelles sont greffés des coraux. « Les transplants sont des fragments de corail brisé par des causes naturelles -et humaines malheureusement- que nous trouvons aux abords des récifs » précise l’Américain, « nous tâchons de greffer autant d’espèces que possibles, en ciblant uniquement les coraux cassés. Par conséquent, les espèces massives, rarement endommagées, sont peu représentées ».
Produire de l’aragonite
Wolf Hilbertz est l’inventeur de
l’électro-accrétion qui résulte de la présence d’un faible courant électrique
généré par une source d’énergie propre en surface (panneaux solaires, etc.). Il
crée une électrolyse puis un dépôt d’aragonite (carbonate de calcium) sur les
Biorocks. « Le courant électrique entraîne une augmentation de pH sur la
surface des structures, responsable d’une cristallisation des minéraux
naturellement dissous dans l’eau de mer » commente le scientifique.
Or, l’aragonite est le matériau de construction du squelette des coraux. Et pour le produire, ils ont besoin d’énergie. L’idée est de leur faciliter la tâche. Augmenter la disponibilité en aragonite favorise leur résistance aux agressions environnementales. « Ils peuvent pousser à grande vitesse, même dans une eau dont les qualités sont si pauvres que les coraux classiques y périraient » affirme Thomas Goreau.
Pourtant, aussi robustes
soient-ils, ils n’échappent pas aux prédateurs dont la vorace Acanthaster
(grosse étoile de mer). Un entretien se révèle indispensable explique-t-il
enfin : « de la même manière que l’on arrache les mauvaises herbes, nous
obtenons de meilleurs résultats en supprimant les pestes et les parasites de
notre jardin corallien ! ».
Bref, il faut de toute façon faire de gros efforts mais ce projet futuriste pourra peut-être donner aux récifs coralliens une chance de survivre aux épreuves du 3e millénaire…
Caroline Lepage (article publié dans le magazine Questions Réponses en 2006)
Interview de Thomas Goreau, biologiste marin
- Avez-vous un certain recul sur vos projets démarrés à la fin des années 90, époque à laquelle le phénomène El Nino a fait des dégâts considérables sur les récifs coralliens ?
Oui, nous avons observé que les Biorocks avaient une survie 16 à 50 fois supérieure aux autres coraux après le blanchissement de 1998 dans l’Océan Indien…
- Et face au tsunami en Asie, comment ont réagi
vos structures ?
Notre collègue aux Maldives, Azeez Hakeem, nous a assuré qu’il n’y avait aucun dommage. De même, nos récifs artificiels en Indonésie sont tous implantés dans des secteurs qui n’ont pas été affectés par le tsunami. Et à Bali, notre étudiant Putra Nyoman Dwija a découvert que des fragments coralliens cicatrisaient 20 fois plus vite sur les Biorocks que les coraux de contrôle fixés au substrat non électrifié. Cela semble être la meilleure option pour sauver les fragments cassés qui, ballottés, finiraient de toute manière par mourir.
- Avez-vous monté
de nouveaux récifs artificiels pour contrer au plus vite les conséquences du
raz-de-marée ?
Non. Nos collègues Indonésiens se sont montrés très désireux d’appliquer la technique Biorock aux récifs touchés à l’Ouest de l’Indonésie, mais nous n’avons pu trouver de financements. Il est tragique que nous n’ayons pu obtenir de fonds pour partir immédiatement et tenter de restaurer les fragments de coraux cassés dans les zones dévastées par le tsunami. Aujourd’hui, il est déjà trop tard pour la plupart d’entre eux !
- Malgré cela, vous
avez des projets pour l’Asie ?
Nous préparons des propositions avec le Gouvernement afin d’étendre Biorock à la restauration des récifs coralliens endommagés par la pêche aux explosifs dans l’Est de l’Indonésie. Nous travaillons en ce moment avec un vidéaste sous-marin, Thomas Sarkisian, à Khao Lak, et l’un des plus grands experts thaïlandais des récifs coralliens, Niphon Phongsuwan, sur des plans de restauration dans des zones affectées en Thaïlande. Nous essayons de mettre sur pied des projets en Inde et au Sri Lanka avec nos collègues de là-bas, si nous pouvons obtenir des subventions…
- Et
ailleurs ?
Nous avons lancé
des petits sites pilotes aux Seychelles et à l’île Maurice, sur des coraux dont
les dégâts étaient moins importants. Des projets sont également prévus dans
plusieurs autres pays, c’est toujours une histoire de financements !
Symbiose entre le corail et des microalgues (les zooxanthelles)



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