Qualité de l'eau : la surveillance des moules

La Mer Méditerranée subit des pressions : activités industrielles, tourisme, etc. Alors, comment va-t-elle ? Il faut poser la question... aux moules ! Elles montent la garde dans le cadre du projet RINBIO. Explications.

Pas de déchets en surface ? Une mer belle ? Et si elle était contaminée quand même ? La pollution invisible est si vicieuse ! Evaluer la qualité de l’eau est donc un enjeu majeur. Seulement, à grande échelle, les analyses directes coûtent cher et restent difficiles à mettre en œuvre. La solution ? Envoyer des "agents secrets" in situ. Les bioindicateurs, espèces sensibles aux niveaux de pollution du milieu dans lequel elles vivent naturellement, constituent d’excellentes sources d’information pour les experts. Et dans ce rôle, les coquillages excellent. En effet, huîtres et moules ayant tendance à accumuler les substances chimiques, elles reflètent assez bien ce qu’il se passe dans l’eau.

Sur le terrain

Il n’en fallait pas plus pour convaincre l’Ifremer d’engager de robustes moules méditerranéennes (Mytilus galloprovincialis). Objectif ? Mener l’enquête le long des côtes françaises méditerranéennes. Nom de la mission ? RINBIO pour Réseau INtégrateurs BIOlogique.

Agées d’1,5 an, les moules de 5 cm proviennent des saines filières des Aresquiers au large de Frontignan. Lancé en 1996 en partenariat avec l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse et l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire), RINBIO a permis de dresser une cartographie des contaminations.

Tous les sites étudiés ne possédant pas nécessairement de populations de moules indigènes, il a fallu en implanter. Concrètement, chaque équipe de moules – un transplant de 3 kg - est envoyée sous la surface, « planquée » dans un pochon grillagé assemblé à une ligne de mouillage. Le tout reste discret et repérable par GPS et sondeur.

Immergées par 10 à 70 mètres de profondeur, les moules n’ont plus qu’à filtrer l’eau pour la faire parler ! 2,5 mois plus tard, elles sont récupérées par des plongeurs ou à l’aide de grappins depuis le bateau.

Un franc succès

Au laboratoire, les biologistes comptabilisent les mortes, les vivantes, étudient taille, croissance des coquilles puis passent à la recherche de polluants dans les tissus.

Ils obtiennent ensuite des résultats assez nets. Exemple avec la campagne de 2000 : 
- les rades de Marseille et Toulon décrochent "la timbale" pour le plomb
- les lagunes du complexe palavasien (Hérault) pour le mercure et les languedociennes (sauf l’étang de Thau) pour le cuivre
- l’arsenic et le DDT étant surtout présent sur la partie côtière entre Marseille et le Lavandou et le secteur de Menton
- les taux de PCB les plus élevés se trouvent dans les rades de Toulon (un record ici pour les HAP), Marseille, Nice, ou encore le golfe d’Ajaccio et les étangs palavasiens.

En 2003, plus de 220 stations étaient ainsi réparties le long de nos côtes. D’ailleurs, toujours sous la bienveillance de l’Ifremer, RINBIO a fait "des petits" : Mytilos et ses campagnes océanographiques de 2004, 2005, 2006 sur les pays de la Méditerranée occidentale (Italie, Espagne, Tunisie, Algérie), et Mytimed, qui prend en charge depuis 2005 la partie orientale de la Grande Bleue. Bref, pas de repos pour les moules ! C’est ça, la "rançon de la gloire"…

Caroline Lepage (Mersea Planète, 2008)



Biochimie et surveillance :

- Cadmium (batteries, engrais, etc.) : affecte le développement des crustacés en particulier.

- Mercure (piles, batteries, etc.) : très toxique pour le système nerveux humain, il s’accumule dans la chair de poissons (thons, requins, etc.) !

- Zinc (alliages, engrais, etc.) : pas un réel danger pour la faune marine, sauf à forte concentration pour la reproduction des huîtres.

- Cuivre (équipement électrique, engrais, etc.) : affecte le développement des bivalves et le phytoplancton.

- Plomb (carburants, etc.) : mêmes effets que le cuivre.

- Nickel (alliages) : moins toxiques que d’autres.

- Chrome (métallurgie, chimie, etc.) : cancérigène pour l’homme sous forme oxydé, il affecte le développement des bivalves.

- Arsenic (présence naturelle dans le sol, etc.) : très peu toxique pour l’homme sous forme organique, beaucoup plus sous forme chimique.

- PCB (autrefois dans les transformateurs électriques, peintures, etc.) : très peu biodégradables, cancérigènes. Ils s’accumulent dans les graisses perturbant les fonctions hormonales, hépatique…

- DDT (insecticide) : très toxique pour l’homme et les espèces marines. Cancérigène.

- HAP (pétrole, feux de forêts, activités industrielles) : très toxiques sur l’ADN, cancérigènes.


Thalassa, le magazine de la mer (générique des années 1980)

 

 La Petite Sirène "Sous l'océan" (1989)

 

Les Snorky (1984-1989) 

 

Christine and the Queens "Christine" (2014)
 

LITTORAL, EAU, OCEANS, PLONGEE, FAUNE MARINE
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