Médecine : le cancer du sein ne prend pas de vacances
Le cancer du sein est de plus en plus fréquent. Il représente 35,7% des cancers féminins. Ainsi touche-t-il en moyenne une femme sur onze, soit 42000 nouveaux cas chaque année en France (contre 21000 en 1980). La bonne nouvelle ? C’est qu’aujourd’hui, on peut très bien le mettre "au tapis" !
Pour s'en convaincre, il n’y a qu’à rencontrer Evelyne (je dois préciser ici que c'est ma Maman, de ce fait, aujourd'hui mère d'une journaliste scientifique devenue écrivain donc !). Petite par la taille, si grande par le courage quand il a fallu être à la hauteur de responsabilités absolument terrifiantes… Pétillante personnalité d’un mètre soixante à peine, elle avait 36 ans en 1986 à l’annonce du diagnostic tombé comme un couperet : cancer du sein. "Fulgurant" selon les termes employés par la médecine. En gros, c'est grave, très grave, selon les docteurs ! Annonce faite en juin, juste avant les grands départs pour les vacances dans le Sud. De quoi annuler le repos estival dans un torrent de larmes pour toute une famille, les parents et les enfants. Misère... Cancer !
Stromae "Quand c'est ?" (2015)
Un "crabe" bien décidé à vouloir s'accrocher à cette saine et "bonne viande" quelques mois avant les fêtes de Noël, histoire de bien gâcher ce qui fait le charme qu'ont les femmes au niveau de la poitrine. Et tant pis pour la tristesse du "sapin magique" en hiver, toujours fier lui de porter ses boules éclatantes sous les guirlandes bien dorées... Ah, bon sang, ces seins qui avaient l'air d'aller parfaitement bien et qui malencontreusement attrapent une boule comme un footballeur rattraperait mal un ballon ou une joueuse de tennis, se prendrait une balle dans le filet !
Les secrets de la réussite de la sortie de ce "labyrinthe médical infernal", en dehors de l'hôpital ? Car quand beaucoup de femmes sont mortes dans d'atroces circonstances, malgré un moral d'acier, un humour du second degré certain probablement (quand même, cette calvitie imposée à des femmes superbes par l'abominable chimiothérapie et ces cocktails de médicaments trop gros si difficiles à casser en deux, mieux vaut en rire qu'en pleurer, hein ?), elle, Evelyne, est toujours vivante et en bonne santé, ma petite Maman aujourd'hui retraitée de la fonction publique.
Les secrets alors de ce "miracle" de la vie que l'on doit plus à la médecine qu'à l'amour d'une famille ? Peut-être un micro soupçon de chance quand même dans son immense malheur, mais aussi et surtout une volonté à toute épreuve, l’envie de ne pas lâcher, un moral d’acier sur le long terme, le soutien des siens (et en particulier de son époux, car les enfants ne peuvent que "bien travailler à l'école"), et cerise sur le gâteau, une passion à laquelle s’accrocher pour détourner ses angoisses... N'étant pas infirmière, sa "petite" fille - moi, alors âgée de 9 ans à l'époque des faits - ne l'a sans doute pas fait rire tous les jours. L'adolescence, ce n'est pas déjà pas facile quand on a ses deux parents, mais quand l'in des deux est malade, c'est une autre paire de manches dans la tête des enfants.
Heureusement, Maman a toujours aimé lire, aussi ! Comme moi qui suis finalement devenue écrivain (plus que scientifique au fil des ans). Un jour, donc, on lui a finalement annoncé qu’elle avait été la plus forte, qu’elle avait gagné ce long bras de fer contre "la maladie". ‘Et tout ça sans avoir connu la moindre véritable dépression’ s’en amuse toujours le médecin qui l’a accompagnée dans cette longue traversée du désert et même dans cette épreuve de l’après-cancer ! Heureusement, toutes les femmes ne meurent pas du cancer (du sein, ou autres). Elle n’est pas la seule à avoir connu cette drôle de victoire sur ce "vilain petit crabe", qui a fait tant de victimes...
Les Inconnus "L'Hôpital" (années 1990)
Des chiffres encourageants
On sait que le cancer du sein frappe surtout les femmes ‘jeunes’. Il reste rare avant l’âge de 35 ans et touche dans près de 70% des cas des femmes de plus de 50 ans. Ce qui explique l’importance de la mise en place du dépistage gratuit (mammographie) tous les 2 ans pour les Françaises âgées de 50 à 74 ans. Un dépistage précoce augmente les chances de guérison et limite considérablement les séquelles physiques et psychologiques. Par exemple, la mastectomie (ablation de la glande mammaire) se fait exceptionnelle pour une tumeur de moins de 3 cm. Les chirurgiens se contentent alors de retirer la masse cancéreuse.
Le traitement
Parfois aussi, ils commencent par en réduire la taille avant l’opération avec l’aide de la chimiothérapie. Pour en revenir aux armes dont disposent les médecins après l’intervention chirurgicale, celles-ci, radiothérapie et chimiothérapie, sont assez mal connues par le grand public et ont plutôt mauvaise réputation. La première, non douloureuse mais fatigante, consiste à détruire les dernières cellules malignes grâce à l’application d’un faisceau de rayons de haute énergie sur la zone malade. Malheureusement, la source radioactive détruit aussi sur son passage les cellules saines, ce qui explique que le personnel soignant soit très scrupuleux pour définir précisément la partie du corps à exposer.
Pour ce qui est de la chimiothérapie, elle est là pour empêcher les cellules tumorales de se reproduire, donc pour arrêter leur prolifération. Elle s’accompagne de différents symptômes - nausées, vomissements - qui peuvent être atténuées par d’autres médicaments. Elle reste traumatisante pour les patientes en particulier à cause de la chute de cheveux qu’elle entraîne. Ceci s’explique par son rôle premier : empêcher les cellules de se reproduire, et ce qui vaut pour les cellules malades vaut aussi pour les cellules saines. Résultat : tout l’organisme est ralenti et des fonctions, comme la pousse des cheveux, le renouvellement des cellules sanguines ou la digestion, sont provisoirement freinées. Patience car tout rentre dans l’ordre à l’arrêt du traitement !
En parler pour "exorciser" le mal
Concernant les causes exactes de l’apparition de ce cancer en nette progression depuis des années, elles ne sont pas clairement établies mais on suppose que les éléments suivants peuvent avoir leur part de responsabilités : choc psychologique, forme héréditaire (évaluation du risque par des tests génétiques sur les gènes BRCA1 et BRCA2) dans 5 à 8% des cas, dégradation de l’environnement (pollutions), alimentation, absence de grossesse, prise d’hormones à la ménopause, pilule contraceptive, etc. Quelles qu’elles soient, dés que le mot ‘cancer’ sort de la bouche du médecin, il transforme pour toujours la vie de la patiente et de ses proches.
La parole est salutaire… Cet instant douloureux a au moins le mérite de resserrer les liens entre les membres d’une famille frappée par le drame. Ensuite, après le coup de poignard donné à l’annonce du diagnostic, il faut l’affronter. Vient le moment de retrousser les manches et de foncer, si possible en y croyant de toutes ses forces malgré les doutes inévitables qui surgissent de temps à autre. Eux aussi finiront par passer ! Quant à la suite de la vie, elle sera différente, c’est certain, et à tous les niveaux si l’on en croit l’étude publiée ce mois-ci dans la revue Psycho-Oncology par Carolyn Rabin, psychologue américaine.
Nouveau départ
Caroline Lepage (Mersea Planète, Juin 2006)
Christophe Willem "PS : Je t'aime" (2024)




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