Prairies sous-marines : disparition des herbiers

Des scientifiques tirent la sonnette d’alarme. Partout dans le monde, les prairies sous-marines sont en déclin. Or, elles jouent un rôle très important. Il est temps d’agir ! Dans le Sud de la France, qui pense "herbiers", pense aussitôt posidonies, vertes princesses végétales de la Méditerranée... Et sars, daurades, rougets, corbs, chapons, dentis qui passent dans leurs parages. A plus petite échelle ? Nurseries à poissons, crustacés, oursins, concombres de mer, étoiles, coquillages et même les délicats hippocampes... 

Ailleurs, ces oasis sont le refuge de créatures extraordinaires que sont les lamantins, les dugongs et les tortues marines. Quel plongeur n’y trouverait pas son bonheur ? Et pour le même prix, ces phanérogames – végétaux supérieurs qui fleurissent (contrairement aux algues, "primaires") - stabilisent les fonds marins et participent à la protection du littoral ! 

Frederick Short, biologiste marin à l’Université du New Hampshire (Etats-Unis) a fait de l’une d’elles - la zostère marine d’Atlantique Nord (ou herbe de mer) - sa spécialité et s’est finalement investit davantage au sein du réseau de surveillance mondiale des herbiers baptisé SeagrassNet et crée à son initiative en 2001. Quelques années de recul à peine, certes, et le voici déjà préoccupé : « presque partout où nous avons démarré le programme, les herbiers disparaissent ! ». 

D’après les premières images satellitesce recul n’est pas lié au réchauffement climatique mais bien aux activités humaines (abattage des arbres, explosion de l’immobilier, etc.) sur le littoral. Peu importe l’endroit sur le globe, le scénario est toujours le même. L’érosion des côtes entraîne une augmentation des sédiments sur les sites, matières en suspension qui viennent troubler l’eau. Evidemment, la quantité de lumière qui atteint le fond diminue. Or, c’est elle l’ingrédient indispensable au bonheur des prairies marines…

Un réseau mondial

Atlantique, Pacifique, Océan Indien… Le problème est généralisé, et croît avec la pollution de l’eau. Mais aussi avec les fortes variations de salinité générées par les rejets d’eau douce en mer : les baies d’Hudson et de James au Canada en sont la preuve. Et lorsque les phanérogames disparaissent, les conséquences écologiques et économiques peuvent être désastreuses. Pour preuve, dans les années 30, une maladie a décimé les zostères marines dans le Nord de l’Atlantique. 

Résultat : l’effondrement de la pêche commerciale d’un cousin de la coquille Saint-Jacques, le pétoncle de baie (Argopecten irradians, de son nom scientifique) dont la population ne s’est jamais rétablie depuis. Pour éviter de telles situations, le réseau SeagrassNet prend les devants comme en Thaïlande par exemple où les experts travaillent actuellement sur l’évaluation de l’impact du tsunami de 2004. Là-bas, les herbiers abritent des coquillages qui sont sources de protéines pour les populations locales, les préserver est donc une nécessité. 

En Nouvelle-Angleterre (dans le Nord-Est des Etats-Unis), les biologistes se penchent sur l’amélioration de la qualité de l’eau, laquelle a une influence positive sur la croissance des plantes marines. Ce genre de sites sert d’exemple et permet d’élaborer de meilleures stratégies à adopter ailleurs dans le monde pour restaurer les herbiers et éviter qu’ils ne disparaissent un à un. Une première idée : à défaut de ne pas vouloir réduire nos activités humaines sur les côtes, en réduire au moins les impacts ?

Caroline Lepage (article rédigé pour le magazine Apnéa, 2005)

Bénitier fixé dans un récif corallien


Herbiers de zostères et hippocampes dans l'étang de Thau (Euronews, 2011)


 
LITTORAL, EAU, OCEANS, PLONGEE, ENVIRONNEMENT MARIN
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