L'acanthaster, étoile de mer « croqueuse » de corail
De son nom latin, Acanthaster planci est d’une beauté à couper le souffle et d’un diamètre impressionnant, deux caractéristiques qui rendent impossible la confusion de cette étoile de mer avec une autre espèce. On la rencontre en Mer Rouge et dans l’Indo-Pacifique. Loin d’avoir une taille de guêpe donc, elle peut atteindre un mètre et porter plus de 20 bras ! N’allez pas croire qu’ils l’handicapent. Au contraire, elle est une sprinteuse hors pair capable de parcourir 20 m en une heure, hélas pour les récifs coralliens… Redoutable avec eux ? Et avec les plongeurs trop curieux. Gare à celui qui ose poser les yeux sur elle, il tomberait inévitablement sous son charme, et plus encore s’il ne se méfie pas !
Keen'V "Tahiti" (2020)
Venimeuse
Mais son arme la plus effrayante est ailleurs, cachée sous son chatoyant manteau épineux : son estomac. L’étoile a un appétit gargantuesque, lequel a d’ailleurs bâti sa mauvaise réputation née sur la Grande Barrière de Corail Australienne dans les années 60. Depuis, l’Australie a eu beau dépenser des sommes folles pour tenter de l’éradiquer, sans succès éclatant... Et la peste s’est répandue : Micronésie, Polynésie, Hawaï, Nouvelle-Calédonie, etc.
C’est une vraie boulimique. Elle choisit une portion de récif, passe à table puis s’offre un festin de polypes, si possible d’espèces appartenant aux genres Acropora et Montipora, coraux branchus ou tabulaires et malheureusement à croissance lente.
La « nettoyeuse »
Sa technique ? S’agripper de tous ses bras à la colonie, évaginer son monstrueux estomac sur les polypes et n’en faire qu’une bouchée. Il ne reste plus ensuite du malheureux corail qu’un squelette calcaire blanc comme un cachet d’aspirine. En un an, l’acanthaster détruira 5 à 6 m2 de récifs, commettant parfois l’irréparable sur des coraux centenaires… Clémente, elle peut ne s’attaquer qu’à une portion de la colonie, laissant une chance à sa victime de se refaire une santé. En combien de temps ? Ça, c’est une autre histoire.Mais pourquoi faire passer l’acanthaster pour un vrai petit démon ? Après tout, seule dans son coin, elle a certainement un rôle utile dans les mers chaudes. Alors ? Depuis bientôt cinq décennies, épisodiquement, on assiste ici et là à des explosions de populations. Les premières débarquent et sécrètent une substance chimique qui attire toutes les autres sur les lieux de la « fête ». Ces armées d’échinodermes dévastent ensuite des écosystèmes coralliens entiers !
Phénomènes naturels récurrents ? Les chercheurs l’ignorent encore, mais constatent... L’étoile existe depuis des milliers d’années, pour preuve la découverte de fossiles de spicules (épines) dans des sédiments âgés d’au moins 3500 ans sur la Grande Barrière Australienne. Pourtant, impossible d’affirmer que les invasions existaient déjà à cette époque. Quant à la nôtre, il n’y a pas si longtemps, l’étoile avait un ennemi qui la dévorait goulûment…
Où sont ses prédateurs ?
Y aurait-il d’autres amateurs ponctuels d’acanthasters ? Les becs de cane, vivaneaux bourgeois, napoléons - poissons affectés par la surpêche - ainsi que quelques balistes et tétrodons. Certains se nourrissent d’étoiles juvéniles (vers de feu, crevettes-arlequins), d’œufs et de larves (huîtres perlières, bénitiers, éponges). Ensemble, ces prédateurs constituent un frein à l’expansion de la « croqueuse » de corail. Mais quelle efficacité peuvent-ils avoir aujourd’hui, eux qui, pour la plupart, se sont raréfiés ?
Et comme si cela ne suffisait pas, la pollution terrigène et les coups de chaleur (type El Nino) dopent le taux de survie des larves d’acanthasters. Une providence quand on sait qu’une femelle émet jusqu’à 1000 millions d’œufs au cours de sa vie…
Que faire ?
La taramea a frappé par le passé et tente un retour. La prise de conscience, elle, tarde à venir si l’on en croit Nathalie. « Et on ne fait pas le poids si nous ne sommes qu’un ou deux clubs à se plaindre ! » proteste-t-elle avant d’insister : « Avant, les scientifiques nous expliquaient qu’il s’agissaient d’un phénomène naturel périodique. Aujourd’hui, ils semblent n’en être plus si sûrs. Et eux qui ne plongent pas si souvent que nous, ne voient pas toujours l’ampleur du désastre ». Or, leur autorisation est nécessaire pour prélever légalement l’acanthaster en plongée bouteille. Dans l’attente du feu vert officiel, lorsqu’elles deviennent trop nombreuses sur un site, certains plongeurs, dans l’ombre, font le sale boulot. « Un jour, à quatre, on en a ramassé 103 en 2h30 ! » se souvient l’un d’entre eux.
En dehors du ramassage manuel, en Australie, pour les campagnes d’éradication, on mise sur les injections de bisulfate de sodium directement dans la « bête ». Cette potion magique la tue en quelques jours sans mettre en danger la santé des autres organismes marins. Coriace la diablesse, mais quelle splendeur, avouez…
Caroline Lepage (article publié dans le numéro 3 du magazine de plongée sous-marine A Bloc ! en 2007)



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