Les magasins Bio peuvent-ils concurrencer les pharmacies ?

C'est une bonne question. Mais pour l'heure - et la pandémie de Covid-19, malgré la vaccination de masse en a rajouté une couche en 2020 ! - la médecine occidentale n'en prend pas du tout le chemin. Elle reste campée sur ses très anciennes positions de "chimie à échelle industrielle", pas encore toujours très verte... Le médicament de synthèse, si cher aux patients fidèles des médecins, n'est pas encore mort ! Alors que le Bio évoque plus la nature, les légumes, les fruits, les noix en tous genres, les laits végétaux comme alternatives aux laits animaux (pour les allergiques aux protéines du lait de vache entre autres, ou intolérants à son sucre, la grosse molécule assez indigeste de lactose) et les farines autres que celles de blé, rarement Bio puisque même les abeilles ne trouvent rien d'intéressant à butiner dans un champs de blé, et que les petits oiseaux peuvent mourir juste en mangeant quelques miettes de pain... Vive les graines de tournesol ? Nuance... Epais comme une Cracotte, le fameux "Pain des fleurs", sans vouloir faire trop de publicité à cette marque, a de préférence le goût de noisette, châtaigne, amande, noix de coco, riz, maïs, sarrasin ou pois chiche dans les enseignes Bio. Le genre de tartines en somme que l'on ne trouvera jamais en pharmacie dans notre pays, ni dans les rayons diététiques de premier choix des supermarchés, les préférés des sportifs français sans doute...

Jacques Brel "Rosa" (1962)

Depuis longtemps, les plantes constituent la base des médecines traditionnelles dans le monde. Ce que la nature lui offre, l’homme le prend et tente parfois d’en faire bon usage. Pas étonnant donc que la médecine moderne se soit engouffrée dans cette brèche si attractive… Et pourtant, parfois dangereuse aussi ou inattendue, même au royaume des fleurs avec lesquelles on n'aurait envie de faire ni bouquet ni parfum : par exemple, la superbe digitale pourpre (Digitalis purpurea) contient de la digitaline, très toxique ! Elle est pourtant utilisée comme base en médecine occidentale comme "cardiotonique" ! Ou encore le plus célèbre des analgésiques - la morphine, isolée en 1815 - est un alcaloïde extrait du pavot (Papaver somniferum). Il agit sur le système nerveux central en inhibant la transmission de la douleur.

Ainsi, l’homme utilise les plantes pour se soigner depuis l'ère du Néolithique, quand les chasseurs-cueilleurs sont enfin devenus assez sédentaires pour devenir de vrais agriculteurs. Le Néolithique, donc, la préhistoire de la gastronomie et du bon goût sans doute aussi... Alors, se soigner, certes, voire même se faire plaisir en ajoutant des ingrédients à l'eau des boissons (pas forcément un sucre ou un peu de miel). De fait, le thé vert, ou encore le thé noir, se consomme parfois aujourd'hui dans un autre but, que curatif "détox", juste pour "le plaisir"... Même si boire une tasse de thé, éventuellement aromatisé au citron ou aux fruits rouges, n'est bien sûr pas aussi festif que de savourer une coupe de Champagne associée à une date importante du calendrier en décembre. Sans parler des grands écarts de prix ! Aujourd’hui, également, plus que l'homéopathie, la phytothérapie (décoction, infusion, macération de parties végétales) jouit d’un franc succès, d’autant plus que le grand public aspire de plus en plus à s'orienter vers les médecines douces, plus "naturelles". Attention, cependant, qui dit nature, ne dit pas sans danger. Il convient de s’informer auprès de professionnels, en pharmacie bien sûr, car certaines plantes peuvent être "mortelles" (comme pour les champignons des bois). Danger qui paradoxalement fait tout l’intérêt de la botanique, l'étude des plantes. Question de dosage, aussi… On peut ensuite nous parler plus facilement de la "soupe d'ortie", aussi "chlorophyllée" que de la menthe verte, dans les montagnes pendant les vacances surtout faites pour la jeunesse. Par ailleurs, montagnes de plus en plus dangereuses avec les effets du réchauffement climatique ! Et voici qu'arrivent les rafraîchissements d'hiver pour les peaux très sèches et trop ridées sur les visages des anciens : des crèmes rajeunissantes à base d'edelweiss, raffermissantes à base de gentianes ou tonifiantes pour les muscles des jambes grimpantes, à base d'arnica forcément. D'où votre tête, choquée parfois, à la caisse des pharmacies, quand vous venez juste pour acheter un simple shampoing anti-chute de cheveux... Oui, porter une belle tignasse sous un bonnet de ski, entretenir une mèche de star ou courir, crinière de lion au vent, ça coûte cher !

Les métabolites secondaires

L’industrie pharmaceutique moderne s’est donc naturellement tournée vers la biologie végétale pour essayer de dénicher de nouveaux traitements. La recherche, c'est l'avenir, même s'il faut savoir investir pour répondre aux besoins de "performance" des consommateurs les plus exigeants ! En effet, les plantes sont comme les invertébrés marins qui intéressent aussi les chercheurs : elles n’ont pas la possibilité de fuir face à un prédateur ni de chasser un intrus qui voudrait tirer profit d’elles. Bien obligées de ruser donc ! D’où ces étonnants métabolites secondaires, issus d’un métabolisme parallèle non capitale à leur survie. C'est là que cela devient compliquée, en biochimie et en biologie cellulaire...

De telles métabolites secondaires peuvent jouer différents rôles dans l’interaction que les végétaux ont ou exercent sur leur environnement proche (défense contre les parasites, attraction d’espèces avec lesquelles ils ‘collaborent’ pour se reproduire, etc.). Le "jeu" auquel se livrent alors chercheurs et industriels consiste à débusquer "les pierres précieuses" de ces interactions moléculaires, puis découvrir à l'aide de tests quelles peuvent être l'action de telles molécules et surtout contre quelles pathologies humaines ? Il s'agit de science pure et dure, avant d'être de la médecine "de combat" comme on la voit dans les pharmacies et les hôpitaux… On est loin de l'harmonie avec la nature, ou d'une symbiose comme on en voit chez les insectes pollinisateurs entre autres. L’arrivée de la robotique dans les laboratoires de médecine et pharmacie depuis les années 1990 a donc révolutionné les techniques de criblage pharmaceutiques

Désormais, on peut tester automatiquement et simultanément des milliers d’extraits de plantes intéressantes sur des cibles biologiques différentes ! La première opération de grande envergure - le premier grand criblage de molécules d’intérêt thérapeutique - avait été lancée par le National Cancer Research Institute et les industries pharmaceutiques aux Etats-Unis dans les années 1960. Mission ? Analyser un maximum d’échantillons végétaux provenant de la planète entière pour découvrir de nouveaux agents anticancéreux.

L’if et la pervenche

Première réussite puisqu’à cette occasion fut découvert le taxol issu de l’écorce d’If américain (Taxus brevifolia). L’if est un arbre des régions tempérées et la toxicité de son écorce et de ses feuilles est connue depuis l’Antiquité. Une fois le taxol isolé, les chercheurs observèrent qu’il empêchait la division cellulaire, phénomène qui devient anarchique chez les cellules cancéreuses ! Problème, à l’époque, il fallait abattre 6 arbres de 100 ans pour obtenir la quantité de taxol nécessaire au traitement d’un seul patient ! Puis, quelques années plus tard, la solution est venue du chercheur Pierre Potier (décédé en ce début d’année) et de son équipe de l'Institut de Chimie des substances naturelles du CNRS à Gif-sur-Yvette. Il découvre un précurseur du taxol dans les feuilles de l'If européen (Taxus baccata).

Ainsi, non seulement, il devient inutile d’abattre quantité d’ifs américains mais en plus, cette étude se solde par la découverte d’un autre anticancéreux deux fois plus actif que le taxol : le taxotère. Depuis 1998, on parvient à obtenir le taxol de manière totalement synthétique à partir du toluène. Egalement connu sous le nom de paclitaxel, il est utilisé dans le traitement des cancers à progression ‘lente’ (sein, ovaire, poumon). Autres anticancéreux célèbres : la vinblastine et la vincristine toutes deux extraites de la pervenche de Madagascar (Cataranthus roseus)


A la suite d’une étude Canadienne dans les années 1990, on réalisa que les fleurs auxquelles on prêtait des vertus hypoglycémiantes (antidiabétique) contenaient une substance capable de faire chuter les globules blancs. Propriété très intéressante pour lutter contre les leucémies ! Au début des années 1960, on parvint à isoler la vinblastine et la vincristine utilisées en chimiothérapie respectivement dans les cas de maladies de Hodgkin et leucémies infantiles aiguës une dizaine d’années plus tard. Une tonne de pervenche contenant 1 g de vinblastine et 10 de vincristine, la fabrication de la vinblastine dés 1974 par hémisynthèse chimique à partir de catharantine et vindoline en plus grande quantité dans la plante facilita les choses. Par ailleurs, le professeur Potier tira de la vinblastine en 1971 une molécule plus puissante encore, la navelbine indiquée dans les cas de cancers du poumon et du sein.

L’aspirine

En France, chez les malades (grippés ou autres), le plus populaire des cachets provient lui aussi d’une plante, plus précisément de l’écorce d’un arbre, le saule blanc (Salix alba). Déjà, le célèbre père de la médecine Hippocrate (-460.-370 av. J.-C.) préconisait une décoction d’écorce de saule blanc pour faire chuter la fièvre ! En 1829, le pharmacien français Pierre-Joseph Leroux obtient des cristaux de salicyline à partir de poudre d’écorce. Le principe actif est enfin découvert. Six ans plus tard, c’est au tour de l’acide spirique découvert dans la reine des Prés. Finalement, il s’agit de la même substance qui sera produite de manière synthétique dés 1859 et industrielle à partir de 1874. L’acide acétylsalicylique est commercialisé sous le nom d’aspirine à partir de 1899 par la firme pharmaceutique et agrochimique allemande Bayer qui a déposé un Brevet. Analgésique, antiagrégant plaquettaire, anti-inflammatoire, antipyrétique, etc. bref, l’aspirine est le "médicament à tout faire", à tout soigner ? Le miel des abeilles (qui peut faire des merveilles pour la gorge en bonbon ou en pastille à sucer), on n'en parle pas tant que cela, peut-être parce qu'elles sont en voie de disparition ? Quant à ce fameux cachet d'aspirine bien blanc, véritable concentré de chimie de laboratoire, c’est encore à Dame Nature que nous le devons. D'ailleurs, on dit aussi que "manger une pomme tous les matins éloigne le médecin". Mais bon, avec les "on dit"... Nos chères grands-mères ajouteraient sans doute, armées de leurs secrets et de leurs remèdes de cheval pour affronter l'hiver : "mieux vaut prévenir que guérir" !😎

Caroline Lepage (article publié dans le magazine Questions Réponses, en 2006)






Le cas du paludisme, si difficile à éradiquer

Décrypter le génome d’agents pathogènes tels que le Plasmodium falciparum (paludisme) permet de mieux cibler les voies biochimiques sur lesquelles devront agir les médicaments. Mais il n’a pas fallu aller si loin techniquement pour obtenir la fameuse quinine. Elle provient de l’écorce du quinquina, un arbuste d’Amérique du Sud. Au XVIIe siècle, elle était déjà utilisée contre le palu. Mais c’est en 1820 que les Français Pelletier et Caventou identifient la quinine. Elle empêche le Plasmodium de se reproduire en inhibant l’enzyme qui lui permet de digérer l’hémoglobine. Aujourd’hui, il existe des substances dérivées : chloroquine, méfloquine, etc. L’ethnopharmacologie, discipline récente, qui étudie les pharmacopées traditionnelles (Brésil, Guyane, etc.) offre même de nouveaux espoirs. Dernier succès en date ? L’artémisine extraite de l'Artemisia anna connue depuis longtemps en Chine. D’autres plantes (Bidens pilosa, Argemome mexicana, Quassia amara, etc.) s’annoncent très prometteuses ! 

Laurent Voulzy "Le pouvoir des fleurs" (1992)

 

Artus "Le handisport" (Montreux Comedy, 2020) 😎

Les Inconnus "Maîtresses et patients", acide acétylsalicylique et aspirine (années 1990) 😎😄😅
 

Soprano "Le diable ne s'habille plus en Prada" (2016) 

Safri Duo "Played-a-live" (2000)
 

Martin Solveig, Bob Sinclar & Dragonette "Hello" (2010)

SANTE, PSYCHO, MEDECINE, RECHERCHE, BIOLOGIE
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