Santé ORL : malentendante et heureuse
A l’âge de 5 ans, les médecins de la clinique Jean Causse, à Béziers (Hérault, 34), ont diagnostiqué une atteinte congénitale des cellules auditives. Je n’ai pas été gênée dans l’apprentissage du langage, puisque j’avais déjà acquis toutes les notions, mais un peu plus durant ma scolarité, surtout lors des dictées ! Cela ne m’a pas empêché de poursuivre mes études à l’Université, et de décrocher un Bac+4. En amphithéâtre, ce n’était pas toujours évident mais je pouvais compter sur mes amis pour prendre correctement les cours.
Gérer son stress
A
la fin de mes études,
j’ai cherché du travail sans mentionner systématiquement mes
problèmes d’audition, un ‘détail’ que je précisais en
entretien. Une entreprise m’a embauchée comme vendeuse. Dans mon
travail, j’étais souvent anxieuse à l’idée de ne pas
comprendre ce qu’on allait me demander. C’était encore plus
délicat au téléphone où la relation commerciale est primordiale.
Cependant, personne n’a jamais été vraiment désagréable avec
moi. Ce poste m’a en partie permis de changer de prothèses car les
précédentes étaient vétustes (il y en avait pour 2300 € de frais !).

Lors de mon évaluation professionnelle, on m’a reproché de ne pas répondre aux clients lorsque, leur tournant le dos, je remplissais un rayon. Et pour cause ! Je ne les voyais pas, alors les entendre… Puis, j’ai eu une autre baisse d’audition importante. J’ai continué à exercer au mieux mon métier et ai relancé une demande auprès de la COTOREP. Réponse positive, après 10 mois d’attente. J’ai finalement dû changer de prothèses, et passer aux contours d’oreilles car elles étaient plus performantes. Cette fois, l’Agefiph et la CPAM m’ont aidé à financer le montant de la somme : 3200 €.
Adapter les moyens de communication
Et ceux qui pourraient faciliter notre quotidien sont à un prix prohibitif. Un exemple ? Un téléphone compatible avec les prothèses acheté chez un audioprothésiste coûte 300 €. En cherchant bien, j’en ai trouvé un en grande surface à 40 € qui avait une excellente qualité d’écoute ! Internet est aussi un outil de communication formidable…
Nouveau départ
J’ai dû quitter mon poste, cela devenait trop pénible. J’ai alors fait de la rééducation auditive et intégré un Diplôme d’Université en Qualité, Sécurité et Environnement. J’avoue qu’avant cette dernière baisse d’audition, je n’avais pas complètement accepté mon handicap. Il m’a fallu un an. Supporter les séances chez l’orthophoniste, presque réapprendre à parler… c’est dur pour son amour propre. Heureusement que la famille et les amis étaient là pour m’aider à franchir ce cap !
La "positive attitude"
Récemment, ma sœur me racontait : « avant, je me faisais du souci pour toi, et maintenant lorsque je t’écoute parler de ta vie, tes projets, et plaisanter comme tu le fais, je n’y pense plus de la même manière ». Une très belle réflexion. Cela m’a fait tellement plaisir ! Bien sûr, comme mon handicap ne se voit pas forcément, certaines personnes peuvent penser parfois que ce n’est pas si grave, c’est un peu le revers de la médaille…
La plus belle des récompenses ? C’est lorsque ma famille ou mes amis me disent que j’ai progressé dans mon existence, et qu’ils sont contents du chemin parcouru. Alors, non, je n’ai pas honte d’affirmer que je suis heureuse, même si tout n’est pas parfait...
Témoignage recueilli par Caroline Lepage (pour le magazine Féminin Psycho, 2006)


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