Plongée surprise avec les requins de Méditerranée !
Connaissez-vous la rumeur ? A l’arrière des bateaux, lors des debriefings, dans les Clubs de Plongée ou les soirées branchées autour de bonnes tables, il se murmure des choses à peine croyables. Des requins pourraient rôder le long des côtes françaises et dans toute la Méditerranée ! Vous lisez peut-être ces lignes au bord d'une plage méridonale ? Alors, bonne baignade...
Saumonette, veau de mer, maraîche : ces noms très souvent affichés sur les étals des poissonniers désignent des poissons cartilagineux en partie pêchés sur nos côtes. En clair, des requins ! Réservés à un usage commercial, les appellations « saumonettes » désignent des petites roussettes, aiguillats et autres émissoles ; et « veaux de mer », des requins-taupes, beaucoup plus costauds. Alors, des squales autour de l’Hexagone ou pas si loin des calanques de Marseille, vous y croyez ?
Les Dents de chez nous
L’été précédent, un matin de juillet, à 5 km de la côte entre Fouras et Châtelaillon, un pêcheur et son fils sortaient d’une eau à 19°C un bestiau de 3 mètres et 180 kilos ! Evidemment, au lendemain de l’affaire, comment imaginer titrer « Un requin-tigre sur nos côtes » ? L’un des squales exotiques les plus dangereux au monde errant en Charente Maritime : ah oui, quel scoop ! Mais en pleine saison estivale, pourquoi aller semer la panique sur les plages ? Bref, l’info' pouvait bien patienter un peu avant d’être révélée au grand jour…
Et en Méditerranée ? Idem, les « Dents de la Mer » se payent la Une de temps en temps, à la bonne saison. Ainsi, dans les Pyrénées Orientales, « Alerte aux requins à Canet plage » lisait-on dans la Dépêche du 21 août 2009. En effet, la veille, deux ailerons étaient venus fanfaronner à quelques dizaines de mètres des baigneurs…
Etonnant ? Pas tant que cela puisque 51
espèces de requins fréquenteraient plus ou moins assidûment la Grande Bleue.
« Beaucoup ont été ou sont
exceptionnellement observés comme le requin tigre ou le grand requin marteau »
assure Nicolas Ziani, spécialiste des squales à la tête de l’Association
Ichtyologique pour L’Etude, la Recherche et l’Observation dans la Nature des
Sélaciens (AILERONS).
Sur nos côtes méditerranéennes, il y a les petits - roussettes, émissoles, aiguillats ou plus rares anges de mer - et les gros en profondeur comme le requin griset ou au large, le mako, le peau bleue (le plus fréquemment observé), le requin taupe, le requin renard et bien sûr « le géant de la Méditerranée totalement inoffensif malgré ses 12 m de long et ses 6 tonnes : le requin pèlerin qui ne mange que du zooplancton » poursuit le biologiste marin...
Luc
Vanrell (plongeur au bon endroit, au bon moment !)
Du "gros" près de
Planier
Du requin en Méditerranée ? Oh, il y en a : du peau bleue, du pèlerin (qui a tendance à revenir d’ailleurs), etc.
Il y en
a beaucoup en Corse. Mais c’est entre Planier et Marseille que l’on a fait
cette drôle de rencontre il y a quelques années... A l’attitude des poissons,
nous avons compris qu’il se passait quelque chose. Ils se montraient très
agités, cherchaient à se mettre à l’abri et se ruaient autour de nous.
J’ai
tout de suite pensé qu’un grand prédateur devait rôder dans les parages :
un dauphin peut-être ? Nous avons continué sans rien voir. Et finalement, il
est arrivé vers -25 mètres, au niveau d’un plateau qui remonte. Il nous est
passé devant le nez au palier : c’était un requin-tigre d’à peu près 3
mètres !
Après
avoir vécu de mémorables plongées en Afrique du Sud, personne n’a paniqué et le
requin, lui, assez craintif n’a pas non plus été agressif. Après coup, oui,
cette rencontre m’a paru un peu anachronique. Jusqu’à ce que je croise l’espèce
en eau plus froide et que j’apprenne que sa présence avait été signalée
sur les côtes italiennes dans le détroit de Messine, ainsi qu’en Mer Adriatique…
Frédéric Stehlin (apnéiste chanceux)
Hep,
qui va là ?
Il y a
environ 20 ans, l’apnéiste Gérard Ségura, Alain Germini et moi-même plongions
sur l’épave du Bartolo, un cargo espagnol coulé dans le golfe des Saintes
Maries. On venait y chasser le loup. Mais ce jour là, étonnamment, c’était mer
de sardines…
La mer
était chargée de particules et trouble en raison de l’eau douce venue du delta
du Rhône. On y voyait mal. Mais à un moment, je crus apercevoir un aileron.
« Tiens, un poisson-lune » pensai-je pour en avoir vu d’autres dans
le coin. Puis un second aileron : deux poissons-lunes ? Non, un
requin !
Me
sentant venir, il donna un coup de queue puis commença à remonter au courant.
Je le regardais et lui vira de côté pour faire de même et resta à 7 ou 8 mètres
de moi. Il mesurait peut-être 4 mètres ? Il était épais d’un bon mètre,
mais avais de petites fentes branchiales (rien à voir avec celles d’un requin
pèlerin). Nous sommes remontés sur le bateau en nous jurant de ne plus jamais
venir chasser là…
Je me
suis aussitôt renseigné à la station marine d’Endoume. Un biologiste m’a fait
voir des planches et d’après ma description, a suggéré : « Un requin blanc, ou un
bouledogue ? ». Il m’a expliqué que les squales sont attirés par les
embouchures des fleuves pour leurs concentrations importantes en poissons. Et
qu’à l’époque - ce qui ne doit plus être le cas aujourd’hui - les navires de la
6e flotte américaine basée à Naples jetaient les ordures par dessus
bord. Ainsi, lorsqu’ils revenaient de Mer Rouge par le Canal de Suez, ils
étaient suivis par des requins qui pouvaient remonter en Méditerranée jusqu’en
Grèce, Italie, etc. !
Le megalodon
d’Avignon


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