Comment les Anciens Égyptiens "fabriquaient-ils" leurs momies ?

Les Anciens Egyptiens croyaient fermement à l’éternité. De même qu’ils jouissaient de la vie de manière physique et spirituelle sur Terre, ils pensaient que le corps était indissociable de l’esprit dans l’Au-Delà. Dans ce but, momifier la dépouille du défunt s’est révélé être indispensable… 

La momification : une idée qui a germé dans la tête des Egyptiens après la découverte de corps en excellent état de conservation dans le désert. Ainsi, les premières momies apparaissent vers 2600 av. J.-C. L’embaumement est sommaire et ne concerne que les rois. On les enveloppe de lin et résine, puis on les place dans un tombeau. Les pillages aidant, les Egyptiens ont rapidement réalisé que cette technique ne freinait en rien la décomposition des cadavres… 

Alors, ils se mirent en quête de procédés plus efficaces dont les secrets sont parvenus jusqu’à nous grâce aux fresques murales, papyrus, écrits du grec Hérodote en voyage le long du Nil vers 450 av. J.-C., et plus récemment aux techniques modernes de la médecine (radiologie, microscopie électronique, histologie, etc.). 

Michael Jackson "Remember the time" (1992)

 

Le témoignage d’Hérodote

Les Egyptiens accordaient la plus grande importance aux rites funéraires et au culte des morts. Si la momification s’est démocratisée dans la société égyptienne, tous ne bénéficiaient pas du même traitement. Et la qualité de l’inhumation dépendait surtout des moyens financiers des familles… Selon Hérodote, il en existait trois types, tous exécutés sous la bénédiction d’Anubis dieu des morts et des funérailles à tête de chacal, protecteur des embaumeurs. Les plus abordables consistaient en une injection de raifort ou d’huile de cèdre dans l’abdomen et d’une déshydratation au sel. Les bandelettes de lin provenaient de vieux vêtements et draps de la famille.

Version luxe pour les pharaons… Une momification en classe supérieure, toutes options : lavements multiples, excérébration et éviscération ! « Tout d'abord à l'aide d'un crochet de fer, ils retirent le cerveau par les narines ; ils en extraient une partie par ce moyen, et le reste en injectant certaines drogues dans le crâne. Puis avec une lame tranchante en pierre d'Éthiopie, ils font une incision le long du flanc, retirent les viscères, nettoient l'abdomen et le purifient avec du vin de palme et, de nouveau, avec des aromates broyés » précise Hérodote. 

Les viscères à l’abri

Que deviennent tous ces organes ? Le cerveau est jeté et le cœur laissé en place ou remplacé par un scarabée. Les viscères sont traités puis replacés dans la cavité abdominale jusqu’à une certaine époque. Plus tard, on les dispose dans quatre vases canopes, en albâtre ou en terre cuite. Une fois rempli de myrrhe pure broyée, cannelle et autres substances aromatiques, le ventre est recousu. Un lavement au natron (carbonate, bicarbonate de soude, chlorure de sodium et sulfate de sodium) - mélange de sels donc - élimine l’eau et solubilise les graisses. Simultanément, le corps est exposé 70 jours au soleil pour accélérer le processus de déshydratation. Après cette période, un traitement aux huiles, onguents et résine assure l’élasticité à la peau du défunt. Il n’y a plus qu’à l’emmailloter ! 

Dernier voyage

Les embaumeurs le recouvrent d’amulettes et « lavent le corps et l'enveloppent tout entier de bandes découpées dans un tissu de lin très fin et enduites de la gomme dont les Égyptiens se servent d'ordinaire au lieu de colle » décrit encore Hérodote. Puis, ils placent un masque sacré sur la tête. Enfin prête, la famille et les pleureuses viennent récupérer la dépouille pour le dernier rituel. A l’aide d’un scalpel et d’une hachette en silex sacrée, un grand prêtre ‘ouvre’ les yeux et la bouche de la momie pour libérer l’esprit du défunt. Alors, il peut voir et s’exprimer dans l’Au-Delà. On dépose la momie dans un ou plusieurs cercueils emboîtés, puis dans le sarcophage en pierre de sa dernière demeure : la chambre funéraire du tombeau, parfois au cœur d’une pyramide. Des objets - mobilier, vêtements, bijoux, figurines, nourriture - l’accompagnent dans ce dernier voyage. Le temple funéraire est ensuite scellé pour toujours ou presque, jusqu’à ce que des voleurs parviennent à le piller ou des égyptologues passionnés, à le découvrir… 

Caroline Lepage (article publié dans le magazine Questions Réponses en 2006)

 

 


Info' en +

Toutankhamon, intrigue pharaonique !

30 ans de recherche. Enfin, le 4 novembre 1922, Lord Carnarvon et l’archéologue Howard Carter découvrent son tombeau intact. 5 mois plus tard, Lord Carnarvon décède. Le bruit court qu’il s’agit d’une malédiction - celle-ci fait les choux gras de la presse - et que la vengeance du défunt serait à l’origine de 27 décès ‘surnaturels’ parmi les membres de l’expédition. Pourtant, la plupart sont morts des années après et seul Lord Carnarvon a succombé ‘rapidement’. D’ailleurs, au moment des faits, il est déjà en mauvaise santé. De quoi convaincre les experts qu’il n’y a ni malédiction, ni intoxication liée à de quelconques champignons, virus ou bactéries du tombeau ! Car dans ce cas, ne serait-il pas mort bien avant ? Après une piqûre d’insecte, une forte fièvre aura raison de lui…

Le 10 octobre 1925, Carter accède à la chambre funéraire et va de surprise en surprise. Non seulement le dernier sarcophage est en or pur, mais il abrite le pharaon paré d’un masque somptueux de 11 kg. « Bien que les attributs de cette momie fussent ceux des dieux, le visage était certainement celui de Toutankhamon, avenant et calme. Le masque d’or avait une expression triste mais calme, suggérant la jeunesse prématurément surprise par la mort » écrit l’archéologue. Aujourd’hui, Toutankhamon fait encore parler de lui. Depuis 1968, suite à une radio du crâne, on pensait qu’il avait été assassiné à 18 ans. Or, de récents examens révèlent une fracture à la jambe gauche qui aurait pu s’infecter. Cependant, certaines des blessures pouvant être l’œuvre de maladresses des embaumeurs ou de Carter, les circonstances exactes de la disparition du pharaon n’ont pu être élucidées. Cette dernière analyse a au moins permis la reconstitution des traits du visage de Toutankhamon en image de synthèse !

 

La légende d’Osiris

L'égyptologue J.F. Champollion
(1790-1832)
Osiris, roi d’Egypte, époux d’Isis - sa sœur - suscite la jalousie de son frère Seth, incarnation du mal. Ce dernier ne tarde pas à le piéger lors d’un banquet et l’enferme dans un coffre qu’il jette dans le Nil. Isis, désespérée, part à sa recherche ! Elle finit par ramener sa dépouille de Phénicie. Mais Seth la découpe en 14 morceaux qu’il disperse dans le pays. Isis parvient à les réunir. Aidée d’Anubis qui les momifie et de sa sœur Nephtys, elle ressuscite Osiris sous la forme d’un homme à tête de faucon qui la féconde. De cette union naîtra Horus qui succède à son père comme souverain. Osiris, lui, règne sur l’Au-Delà. Ce mythe persuade les Egyptiens qu’il y a une vie après la mort et que l’embaumement permet la conservation des corps et donc des âmes des défunts…

 

 

 

Les Egyptiens momifiaient aussi les animaux qu’ils vénéraient : chats, crocodiles, faucon, ibis, scarabées, taureaux, etc. 

https://youtube.com/shorts/aA9FXCFLW8Q?si=wCwKXH2zoVJNwqyT




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