Charles Darwin (1809-1882), savant anglais obstiné au service de l’Evolution

De lui, son père disait qu’il était un cancre. Préférant papillonner dans la nature plutôt qu’étudier sur les bancs des salles de classe, qui aurait pu prévoir que Charles Robert Darwin allait un jour poser les fondements de la biologie ! Rencontre avec un grand Homme.

Angleterre, 12 février 1809. Susannah et le docteur Robert Darwin accueillent leur 5e enfant, Charles. Le bambin aura plus tard un certain talent pour l’école buissonnière. Courir après les animaux, vagabonder dans les bois. Diantre, ce n’est pas ainsi que l’on devient un honnête homme ! Mais à Edimbourg en étudiant la médecine ? Robert l’espère… en vain.

Croisière

Et si Charles devenait pasteur ? Direction Cambridge en 1828. Peine perdue. Son ‘cancre’ de fils préfère collectionner les insectes, chasser le gibier, et traîner dans les dîners. Encouragé par le botaniste John Stevens Henslow qui le recommande à Mr FitzRoy Capitaine du Beagle, il s'engage, avec l’accord de son père, dans une expédition maritime de cartographie des côtes sud-américaines. 

Le voici, naturaliste volontaire, embarquant un jour de décembre 1831… 5 ans d’aventures qui le transformeront : fini le fusil de chasse, bonjour le carnet de notes. « Je découvris insensiblement que le plaisir d’observer et de raisonner était beaucoup plus vif que celui des tours d’adresses et du sport. Je me souviens d’avoir pensé, étant dans la baie du Bon-Succès à la Terre de Feu, que je ne pouvais mieux employer ma vie qu’en ajoutant quelque chose aux Sciences Naturelles » écrit-il. Iles Malouine, Cordillère des Andes, Tahiti, Nouvelle-Zélande, Ile Maurice, etc. Paysages fabuleux, espèces et fossiles incroyables aiguiseront son sens de l'observation et son esprit critique.

Les pinsons 

Ainsi, il constate aux Galapagos une similitude des animaux d’une île à l’autre mais avec quelques variations. Les pinsons d’une même espèce, par exemple, ont un bec différent selon le lieu qu'ils occupent et la nourriture dont ils disposent. Un peu comme s'ils s'étaient transformés en fonction des ressources, se dit le jeune homme qui ira jusqu’à penser que les animaux aient pu avoir un ancêtre commun... Idées qui risquent de ne pas plaire à une époque où le catastrophisme - disparition brutale des espèces remplacées par d’autres selon le bon vouloir de Dieu - est une théorie très en vogue

Mais puisque même son célèbre grand-père Erasmus et Jean-Baptiste Lamarck, à propos duquel Charles écrira « le premier, il rendit à la science l’éminent service de déclarer que tout changement dans le monde organique, aussi bien que dans le monde inorganique, est le résultat d’une loi, et non d’une intervention miraculeuse », ont adopté un autre mode de pensée, pourquoi pas lui ?

De retour en 1836, Darwin échafaude les piliers de sa grande théorie, s’appuyant sur les travaux de son ami Charles Lyell qui remet en cause le catastrophisme et soutient que la surface de la planète est modifiée en permanence par des forces naturelles. Darwin, lui, pense carrément que les espèces évoluent pour s’adapter à leur environnement. La preuve en est : les fossiles qu’il a observés sont légèrement différents des animaux actuels ! Lyell, qui apprend qu’un jeune naturaliste britannique, Alfred Russel Wallace, arrive aux mêmes conclusions, presse Darwin de publier son œuvre ‘Sur l’origine des Espèces’.

Evolution : une Révolution ?

La 1ère édition se vend "comme des petits pains" ce 24 décembre 1859. Inepties ou évidences ? « La disposition semblable des os dans la main humaine, dans l’aile de la chauve-souris, dans la nageoire du marsouin et dans la jambe du cheval ; le même nombre de vertèbre dans le cou de la girafe et dans celui de l’éléphant ; tous ces faits et un nombre infini d’autres semblables s’expliquent facilement par la théorie de la descendance avec modifications successives, lentes et légères ». Des mots qui bouleversent les esprits ouverts et fâchent les autres. 

Comment ose-t-il supposer une origine commune à toutes les espèces, une sélection et une évolution des organismes ? « J’ai causé avec beaucoup de naturalistes sur l’évolution, sans rencontrer jamais le moindre témoignage sympathique. Il est probable pourtant que quelques-uns croyaient alors à l’évolution, mais ils restaient silencieux, ou ils s’exprimaient d’une manière tellement ambiguë, qu’il n’était pas facile de comprendre leur opinion » confiera Darwin. Le ‘hic’, c’est cette ombre au tableau : comment démontrer la transmission d’une évolution à la génération suivante ? La solution viendra de Gregor Mendel, autrichien… spécialiste des croisements sur les petits pois

Il démontrera en 1866 les lois de l’hérédité et la transmission de caractères. D’autres découvertes sur les gènes et l’ADN donneront raison à l’audacieux Darwin. Sa dernière trouvaille fit bondir l’Eglise : "l’homme qui descendrait du singe" ? Allons ! En 1925, John Scopes, professeur de biologie dans le Tennessee (USA), enseigne la théorie de l’Evolution, et non celle de la Création Divine. Soutenu, il sera pourtant condamné à verser une amende de 100 $ ! En 2005, qu’en dit la Science ? On vient d’achever le décryptage du génome du chimpanzé. Et il est identique à 99%... au nôtre !

Caroline Lepage (article publié dans le magazine Questions Réponses en 2006)

 

La Planète des Singes (1968)

 


Bun Hay-Mean (1981-2025) "Le Chinois marrant" au Montreux Comedy Festival en Suisse (2016)

 


Darwin, une vie de scientifique

1809 : né à Shrewbury.

1825 – 1827 : études de médecine à Edimbourg.

1828 – 1831 : études de théologie à Cambridge.

1831 – 1836 : expédition à bord du Beagle.

1838 – 1841 : secrétaire de la Société Géologique, membre de la Royal Society de Londres en 1839, et de l’Académie des Sciences de France en 1878. Il épouse sa cousine Emma Wedgwood et aura 10 enfants.

1842 : il rédige un ouvrage sur la géologie des Récifs de corail, l’Amérique du Sud (1851), les îles volcaniques (1854) et les crustacés cirripèdes.

1859 : il publie sa célèbre théorie ‘L’origine des espèces par la sélection naturelle’ et bien d’autres (‘Descendance de l’homme’, etc.).

1882 : il meurt le 19 avril des suites d’une maladie cardiaque.

 

Des Américains opposés au "so British" Darwin

Aujourd’hui, la théorie de l’évolution fait l’unanimité. Sur elle reposent les principes de la biologie enseignés dans le monde entier. Une reconnaissance qui n’est pas du goût d’une certaine population américaine ultra-conservatrice... Ah, les Etats-Unis ! Outre Atlantique donc, le créationnisme a encore des partisans. Caché sous les termes ‘dessein intelligent’ (ID) et ‘intelligence supérieure’, il est défendu avec ferveur, y compris par George W. Bush. « Je pense que l’éducation doit exposer les gens à différentes écoles de pensée » a-t-il dit. Stupéfaction parmi les chercheurs et les journalistes soutenant la théorie de Darwin ! 

Mais le Président des Etats-Unis aurait tort d’avoir un avis tranché sur la question. Selon une étude du Pew Research Center réalisée en juillet, 64% des Américains partagent son opinion... Quant au sujet de l’évolution de la vie sur Terre ? 10% ne se prononcent pas, 42% supposent que les organismes actuels sont les mêmes qu'autrefois et 48% qu’il y a bien eu une évolution. Mais sur ces 48%, 18% estiment qu’elle tient de l’influence divine. Enfin, la droite chrétienne a sorti un joker en faveur de l’ID intitulé ‘Des pandas et des hommes’ de Percival Davis et Dean Kenyon, sorte de Bible réécrite à la sauce scientifique qui, dans certaines régions comme dans le district de Dover (Pennsylvanie), pourrait faire office de référence pour un approfondissement des notions de Biologie… 

Un procès est en cours à ce sujet entre l’administration scolaire et des parents d’élèves qui veulent démontrer qu’il s’agit d’une vision religieuse reprenant le créationnisme, et que conformément à la décision de la Cour Suprême en 1987, elle ne peut être enseignée. Darwin et sa science du "Darwinisme" du 19e siècle n'ont pas fini de faire grincer des dents chez ses opposants !


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