Titanic, un paquebot dans le froid océanique

Le R.M.S. Titanic, 269 mètres de long, repose à 3750 mètres de profondeur, en deux parties dispersées dans une zone de dunes de sable. Dévoré à un rythme de 300 kg/jour par des bactéries, et non par la rouille, lesquelles forment des rusticles (sortes de stalactites), l'épave du Titanic devrait s’effondrer vers 2028 et disparaître d’ici 250 ans. Il faut donc s'intéresser à son ultime voyage de cette nuit d'avril 1912. C'est l'une des "croisières" les plus terrifiantes de toute l'histoire de la navigation sur la Planète Bleue. Les voyageurs rêvaient d'un monde meilleur, de New-York, des Etats-Unis, de gloire, de fortune, d'avenir, d'empire, de familles nouvelles... Riches, pauvres, tous ont connu le pire à bord, en une nuit glaciale sur un Océan qui cachait bien des dangers. Récit de l'effroyable naufrage qui s'est déroulé en quelques heures seulement dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. Sur 2224 passagers, on compta seulement 711 survivants. 

Gisant depuis dans l’obscurité glaciale de l’Atlantique Nord, ‘l’insubmersible Titanic’ attendait qu’on vienne le tirer de sa torpeur pour livrer les secrets les plus intimes de sa descente aux enfers… 10 avril 1912, le rutilant Titanic quitte Southampton, ville portuaire du Sud de l'Angleterre. Halte à Cherbourg en France, puis à Queenstown en Irlande le lendemain avant le grand départ pour son voyage inaugural

Le 14, plusieurs navires signalent la présence d’icebergs… L’avis du Baltic est remis au Commandant Edward J. Smith qui en fait part à Bruce Ismay, président de la White Star Line, compagnie propriétaire du paquebot géant. Alors qu’Ismay glisse le télégramme dans sa poche, Smith, prudent, décide de naviguer légèrement plus au Sud. D’autres appels reçus dans la soirée n’inquièteront pas davantage l’équipage…

La fin

La température avoisine 0°C. Lightoller, le second Officier remplace Smith parti se reposer. A 22h, par nuit claire et mer d’huile, il est relevé par Murdoch, premier Officier. 23h30, RAS du côté des vigies Fleet et Lee, si ce n’est un léger brouillard… 10 minutes plus tard ‘Iceberg droit devant !’ hurlent-ils en sonnant la cloche d’alarme. Le Titanic file à 20,5 nœuds (40 km/h) : droit devant à moins de 500 mètres s’élève un monstre de glace de 30 mètres. Marche arrière, à bâbord toute ! Mais il est déjà trop tard… La coque est fendue sur tribord par la glace tranchante de l’iceberg. Choc qui ne suffit pas à effrayer les passagers…

L’eau s’engouffre par la proue. Les calculs de l’ingénieur Thomas Andrew, concepteur du navire, sont implacables : l’insubmersible Titanic’ coulera en 1h, 1h30 tout au plus ! Minuit, les premiers SOS sont envoyés, 45 minutes plus tard les premières fusées de détresse. Pourtant l’orchestre continue à jouer pour les passagers et n’arrêtera qu’à 2h17. Le premier canot prévu pour 65 personnes est affalé avec seulement 28 à bord… A 2h18, les lumières du Titanic clignotent puis s’éteignent pour toujours. La proue disparaît suivie 2 minutes plus tard par la poupe un moment suspendue en l’air. 4h10, le Carpathia repêche le premier canot et le dernier à 8h30. 1513 passagers trouveront la mort dans ce naufrage.

Faux départ

« On ne peut passer comme moi une vie en symbiose avec la mer sans connaître les grandes lignes de cette tragédie. Plus que tout cependant, je voulais relever le défi scientifique d’aller parcourir et photographier le Titanic… » écrit Robert Ballard dans son récit ‘La découverte du Titanic’ publié en 1987. Et il y consacrera toute sa fougue, sombrant dans de grands moments de désespoir, vibrant à d’autres avec son équipe euphorique dans une quête qui durera plus de 13 ans !

Déjà en 1973, ce géologue de l’Institut Océanographique de Woods Hole (Massachusetts) imaginait utiliser le sous-marin Alvin pour atteindre le Titanic. Convaincre des investisseurs, s’entourer d’experts comme ‘Monsieur Titanic’ alias Bill Tantum, explorer les abysses, tester ANGUS -Acoustically Navigated Geological Underwater Survey- appareil guidé par sonar équipé de caméras noir et blanc et tiré au bout d’un gigantesque câble… 

La préparation d’une expédition était à elle seule un véritable challenge. L’aventure allait commencer en octobre 1977 à bord du Sea Probe, équipé de sonar latéral, magnétomètre (véritable détecteur à métaux des profondeurs) caméras et appareils photos, etc. Malheureusement, le voyage tomba à l’eau après le départ pour une malencontreuse histoire de tubage qui épargna seulement le magnétomètre.

Loin de se décourager face aux épreuves dont le décès de Bill ou l’arrivée de prétendants au titre de découvreur du paquebot géant, Robert se concentrait sur la mise au point de précieux alliés, Argo et Jason. Argo ? Sous-marin équipé de sonars et caméras, relié par un câble au navire en surface et par un cordon de transmission au petit système vidéo télécommandé Jason.

Enfin !

La Marine accepta de financer les essais de ce duo de choc pour 3 semaines. Enfin l’opportunité de toucher le rêve du bout du doigt. Le géologue parvint à convaincre l’Ifremer, fleuron de l’océanographie française, de se joindre à l’aventure. Jean-Louis Michel, ingénieur, allait embarquer à bord du navire français Le Suroit équipé du nouveau sonar SAR, son dernier ‘bébé’… Son travail consisterait à localiser l’épave du Titanic courant juin-juillet 1985 dans le quadrillage défini. Ballard prendrait le relais à bord du Knorr, avec l’aide d’ANGUS et Argo.

Mais la première étape s’avéra plus difficile que prévue si bien que Ballard vint prêter main forte à son ami Jean-Louis, luttant vaillamment contre le temps qui s’égrenait, les mauvaises conditions météorologiques et la crainte que des avalanches de boue aient enseveli les restes du paquebot transatlantique. « Les informations fournies par SAR, traitées par un maître en la matière, étaient un véritable travail d’artiste et il nous avait prouvé… où le Titanic n’était pas ! » se souvient Ballard, évoquant ces terribles instants de désarroi à bord du Le Surroi pour lequel il était temps de rentrer au bercail...

Ballard et Michel accompagnés de Jean Jarry et Bernard Pillaud, chercheurs de l’Ifremer prennent place sur le Knorr, devancés par ANGUS et Argo. Argo allait avoir la lourde tâche de ‘planer’ en observation au-dessus du canyon où était supposée se trouver l’épave. En vain. Au 31 août, toujours rien. Jusqu’à ce cri de stupéfaction la nuit suivante vers 0h48 devant l’écran de télé d’Argo qui n’affichait jusque-là qu’un interminable paysage, hypnotisant de lassitude les équipes de surveillance… Une chaudière

Derniers adieux

Mission réussie ! Même si Argo, ‘volant’ à 4 mètres au-dessus du pont supérieur du Titanic avait frôlé la catastrophe. Vers 2 h, le moment était déjà au recueillement car c’était aux alentours de cette heure là que le Titanic avait rendu l’âme. Il faudrait attendre un an de plus pour faire une visite approfondie des lieux…

Ballard replongeait enfin sur le Titanic, à bord de son fidèle Alvin secondé par le robot JJ (Jason Junior). L’aventure prenait une autre tournure puisque des humains allaient enfin rendre sur place un hommage à ce géant de tôle et à toutes les victimes qu’il avait emportées dans sa descente abyssale. Plusieurs plongées étaient prévues en ce mois de juillet 1986. Au cours de l’une d’elles, le sous-marin heurta un bossoir, celui du canot No 8 dirigé par la Comtesse de Rothes et à bord duquel Madame Strauss refusa de prendre place pour mourir auprès de son mari

« Sur le coup, ce fut comme si le pont des embarcations grouillait de monde et que l’on pouvait entendre l’écho du cri ‘Les femmes et les enfants d’abord » écrit Ballard. Les plongées se poursuivaient. Quelle émotion de découvrir le mobilier de luxe, et ces objets dont certains étaient restés intacts ! Deux plaques commémoratives furent laissées sur place par Alvin : l’une sur le pont de la poupe en mémoire à Bill Tantum et aux victimes, l’autre sur la proue le 24 juillet. 

« Je savais que c’était la dernière visite que je rendais au navire… Je me sentais comme un bachelier disant adieu à sa petite amie attitrée avant d’entrer à l’Université » confie le scientifique, arrivant au bout de sa quête. Depuis d’autres expéditions ont eu lieu dont celles de l’Ifremer et de son fidèle sous-marin, le Nautile intervenu également sur l’épave du Prestige. Et toutes l’ont confirmé : le Titanic est plus qu’un cadavre de tôle, c’est une légende ! Spectre vivant dans la mémoire humaine d’un terrible drame qui aurait peut-être pu être évité si les hommes avaient été moins... présomptueux ?

Caroline Lepage (article publié dans le magazine Questions Réponses, 2006)

Les icebergs

Monstres bleutés d’eau douce glacée détachés de glaciers - contrairement à la banquise constituée de glace d’eau salée - les icebergs dérivent au gré des courants. Comment est-ce possible ? Leur masse ne devrait-elle pas les faire couler ? Hé bien non. Car l’eau à l’état solide est moins dense qu’à l’état liquide, autrement dit plus légère. Petit coup de pouce de la force d’Archimède, ils flottent alors facilement. Et ils représentent une véritable menace pour la navigation. En effet, la partie émergée d’un iceberg ne représente… qu’1/8e de son volume total : celui que heurta le Titanic, s’élevant à 30 mètres au-dessus de la surface, devait en réalité mesurer environ 250 mètres de haut !


Titanic (bande-annonce en anglais du film de James Cameron, sorti au cinéma en 1997) 

Titanic, 25e anniversaire de la sortie du film (2022)
 

Titanic, extrait en français "Les canots partent à moitié plein" (1997)  

Titanic "Collision avec l'iceberg" (film, 1997)
 

LITTORAL, EAU, OCEANS, PLONGEE, ENVIRONNEMENT MARIN
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