Titanic, un paquebot dans le froid océanique
Gisant depuis dans l’obscurité glaciale de l’Atlantique Nord, ‘l’insubmersible Titanic’ attendait qu’on vienne le tirer de sa torpeur pour livrer les secrets les plus intimes de sa descente aux enfers… 10 avril 1912, le rutilant Titanic quitte Southampton, ville portuaire du Sud de l'Angleterre. Halte à Cherbourg en France, puis à Queenstown en Irlande le lendemain avant le grand départ pour son voyage inaugural.
Le 14, plusieurs navires signalent la présence d’icebergs… L’avis du Baltic est remis au Commandant Edward J. Smith qui en fait part à Bruce Ismay, président de la White Star Line, compagnie propriétaire du paquebot géant. Alors qu’Ismay glisse le télégramme dans sa poche, Smith, prudent, décide de naviguer légèrement plus au Sud. D’autres appels reçus dans la soirée n’inquièteront pas davantage l’équipage…
La fin
L’eau s’engouffre par la proue. Les calculs de l’ingénieur Thomas Andrew, concepteur du navire, sont implacables : ‘l’insubmersible Titanic’ coulera en 1h, 1h30 tout au plus ! Minuit, les premiers SOS sont envoyés, 45 minutes plus tard les premières fusées de détresse. Pourtant l’orchestre continue à jouer pour les passagers et n’arrêtera qu’à 2h17. Le premier canot prévu pour 65 personnes est affalé avec seulement 28 à bord… A 2h18, les lumières du Titanic clignotent puis s’éteignent pour toujours. La proue disparaît suivie 2 minutes plus tard par la poupe un moment suspendue en l’air. 4h10, le Carpathia repêche le premier canot et le dernier à 8h30. 1513 passagers trouveront la mort dans ce naufrage.
Faux départ
« On ne peut passer comme moi une vie en symbiose avec la mer sans connaître les grandes lignes de cette tragédie. Plus que tout cependant, je voulais relever le défi scientifique d’aller parcourir et photographier le Titanic… » écrit Robert Ballard dans son récit ‘La découverte du Titanic’ publié en 1987. Et il y consacrera toute sa fougue, sombrant dans de grands moments de désespoir, vibrant à d’autres avec son équipe euphorique dans une quête qui durera plus de 13 ans !
La préparation d’une expédition était à elle seule un véritable challenge. L’aventure allait commencer en octobre 1977 à bord du Sea Probe, équipé de sonar latéral, magnétomètre (véritable détecteur à métaux des profondeurs) caméras et appareils photos, etc. Malheureusement, le voyage tomba à l’eau après le départ pour une malencontreuse histoire de tubage qui épargna seulement le magnétomètre.
Loin de se décourager face aux épreuves dont le décès de Bill ou l’arrivée de prétendants au titre de découvreur du paquebot géant, Robert se concentrait sur la mise au point de précieux alliés, Argo et Jason. Argo ? Sous-marin équipé de sonars et caméras, relié par un câble au navire en surface et par un cordon de transmission au petit système vidéo télécommandé Jason.
Enfin !
La Marine accepta de financer les essais de ce duo de choc pour 3 semaines. Enfin l’opportunité de toucher le rêve du bout du doigt. Le géologue parvint à convaincre l’Ifremer, fleuron de l’océanographie française, de se joindre à l’aventure. Jean-Louis Michel, ingénieur, allait embarquer à bord du navire français Le Suroit équipé du nouveau sonar SAR, son dernier ‘bébé’… Son travail consisterait à localiser l’épave du Titanic courant juin-juillet 1985 dans le quadrillage défini. Ballard prendrait le relais à bord du Knorr, avec l’aide d’ANGUS et Argo.
Mais la première étape s’avéra plus difficile que prévue si bien que Ballard vint prêter main forte à son ami Jean-Louis, luttant vaillamment contre le temps qui s’égrenait, les mauvaises conditions météorologiques et la crainte que des avalanches de boue aient enseveli les restes du paquebot transatlantique. « Les informations fournies par SAR, traitées par un maître en la matière, étaient un véritable travail d’artiste et il nous avait prouvé… où le Titanic n’était pas ! » se souvient Ballard, évoquant ces terribles instants de désarroi à bord du Le Surroi pour lequel il était temps de rentrer au bercail...
Ballard et Michel accompagnés de Jean Jarry et Bernard Pillaud, chercheurs de l’Ifremer prennent place sur le Knorr, devancés par ANGUS et Argo. Argo allait avoir la lourde tâche de ‘planer’ en observation au-dessus du canyon où était supposée se trouver l’épave. En vain. Au 31 août, toujours rien. Jusqu’à ce cri de stupéfaction la nuit suivante vers 0h48 devant l’écran de télé d’Argo qui n’affichait jusque-là qu’un interminable paysage, hypnotisant de lassitude les équipes de surveillance… Une chaudière.
Derniers adieux
Mission réussie ! Même si Argo, ‘volant’ à 4 mètres au-dessus du pont supérieur du Titanic avait frôlé la catastrophe. Vers 2 h, le moment était déjà au recueillement car c’était aux alentours de cette heure là que le Titanic avait rendu l’âme. Il faudrait attendre un an de plus pour faire une visite approfondie des lieux…
Ballard replongeait enfin sur le Titanic, à bord de son fidèle Alvin secondé par le robot JJ (Jason Junior). L’aventure prenait une autre tournure puisque des humains allaient enfin rendre sur place un hommage à ce géant de tôle et à toutes les victimes qu’il avait emportées dans sa descente abyssale. Plusieurs plongées étaient prévues en ce mois de juillet 1986. Au cours de l’une d’elles, le sous-marin heurta un bossoir, celui du canot No 8 dirigé par la Comtesse de Rothes et à bord duquel Madame Strauss refusa de prendre place pour mourir auprès de son mari…
« Je savais que c’était la dernière visite que je rendais au navire… Je me sentais comme un bachelier disant adieu à sa petite amie attitrée avant d’entrer à l’Université » confie le scientifique, arrivant au bout de sa quête. Depuis d’autres expéditions ont eu lieu dont celles de l’Ifremer et de son fidèle sous-marin, le Nautile intervenu également sur l’épave du Prestige. Et toutes l’ont confirmé : le Titanic est plus qu’un cadavre de tôle, c’est une légende ! Spectre vivant dans la mémoire humaine d’un terrible drame qui aurait peut-être pu être évité si les hommes avaient été moins... présomptueux ?
Caroline Lepage (article publié dans le magazine Questions Réponses, 2006)
Les icebergs
Monstres bleutés d’eau douce glacée détachés de glaciers - contrairement à la banquise constituée de glace d’eau salée - les icebergs dérivent au gré des courants. Comment est-ce possible ? Leur masse ne devrait-elle pas les faire couler ? Hé bien non. Car l’eau à l’état solide est moins dense qu’à l’état liquide, autrement dit plus légère. Petit coup de pouce de la force d’Archimède, ils flottent alors facilement. Et ils représentent une véritable menace pour la navigation. En effet, la partie émergée d’un iceberg ne représente… qu’1/8e de son volume total : celui que heurta le Titanic, s’élevant à 30 mètres au-dessus de la surface, devait en réalité mesurer environ 250 mètres de haut !
Titanic (bande-annonce en anglais du film de James Cameron, sorti au cinéma en 1997)




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