Le bambou du panda
Le péché mignon du panda, c'est le bambou : non, pas cette position hard du Kâmasûtra variante du missionnaire, mais la plante évidemment ! Ce gros nounours blanc et noir de 100 kilos passe ses journées à en boulotter des feuilles et de jeunes pousses. La cellulose étant indigeste, il prend son temps pour mâcher.
En revanche, notre Nounours n'est pas "très branché", côté sexe... D'ailleurs, ça l'intéresse si
peu que, ajoutée à la déforestation menaçant son habitat, sa libido
tristounette est un réel problème pour la survie de l'espèce. Et comme si cela
ne suffisait pas, la femelle n'est réceptive qu'un à trois jours par
an, quand le pauvre mâle voit le volume de ses testicules augmenter et son
comportement changer trois à cinq mois plus tôt. En clair, il est chaud bien
avant elle. Un décalage amoureux qui n'arrange rien.
Résultat, ils ne
seraient plus que 1600 cents pandas géants à crapahuter en liberté dans les
montagnes du Sichuan et du Shaanxi en Chine Centrale. Les sauver grâce à la
reproduction en captivité ? Un espoir fou tant leur appétit sexuel est
encore plus désastreux dans les zoos ! Allant jusqu'à offrir à leurs
pensionnaires une ambiance romantique - lumière tamisée, films érotiques
mettant en scène des « pandactrices » à poils et en chaleur -, les
scientifiques des parcs animaliers organisent des speed-datings… En vain !
Les inséminations artificielles se révéler presque toujours plus fructueuses
que les tentatives de procréation naturelle.
Chantal Goya "Pandi Panda" (Live au Palais des Congrès de Paris 2009)
Et pour
cause : même à l'état sauvage, chacun vivant reclus dans son coin comme
un(e) célibataire endurci(e), la rencontre amoureuse est un exploit. Oh, bien
sûr, il y a toujours communication par quelques frottements de glandes anales
sur les arbres, signaux odorants à la fois utilisés par les mâles et les
femelles. Mais cela reste insuffisant.
Pour en savoir un peu plus sur d'éventuelles opportunités, ces messieurs doivent tendre l'oreille, rester tout ouïe. Car, approchant de leur pic de fertilité, les femelles émettent des pépiements de plus en plus aigus, nombreux et longs que leurs grognements habituels. Ce petit truc dans la voix les rend plus attirantes et transmet un message : « Nounours, si tu veux jouer à pandi-panda avec moi, c'est maintenant… »
Ces "petits cailloux sonores" dignes de
ceux, plus minéraux, du Petit Poucet sont censés émoustiller les mâles et les
aider à trouver le chemin jusqu'à la princesse. Mais ils peuvent être plusieurs
sur le coup. Dans ce cas, celui qui s'impose sur ses rivaux sera l'élu. Autant
ne pas rater le coche, la période d'ovulation ne dépasse pas
soixante-douze heures maxi par an. Et si, par chance, il vise juste, trois
à six mois plus tard naîtront jusqu'à deux rejetons de cent grammes chacun.
Mais un seul survivra et aura droit à toute l'attention de sa mère. Dure loi de
la nature…
Caroline Lepage, extrait du livre « L'amour bestial » (paru en 2013, aux éditions du Moment)

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