Vers une future glaciation ?
Plus de 8000 ans en arrière. La Terre sort à peine d’une longue aire glaciaire quand la voici confrontée à un véritable cataclysme ! Le climat de l’Atlantique Nord est complètement bouleversé et un grand froid s’installe sur cette partie du globe… Ce scénario glacial, révélé par les prélèvements d’un chercheur de Chicago, est-il à craindre dans le futur ?
Torbjörn Törnqvist est spécialisé en Sciences de la Terre à l’Université de Chicago en Illinois. C’est en analysant des prélèvements de tourbe (datation des dépôts au radiocarbone/évaluation de la tolérance végétale au sel) réalisés dans les marécages du delta du Mississipi en Louisiane pour une étude sur les modifications du niveau de la mer dans le Golfe du Mexique qu’il a enfin la preuve de l’apparition brutale d’une montée des eaux il y a 8200 ans ! Un phénomène que de nombreux géologues et climatologues s’accordaient à imaginer sans en avoir de preuves tangibles jusqu’à présent. « Certains soutiendraient qu’il s’agit du changement de climat le plus dramatique de ces 10 000 dernières années ! » s’exclame même le chercheur…
Glaces et climat, souvent sujets à polémiques ? Oui ! Ici, par ex., entre Haroun Tazieff et le Commandant Cousteau (1979)
Gulf Stream : le "chauffage" de
l’Atlantique Nord
Petit rappel auparavant sur l’état actuel du
climat dans la partie Atlantique de l’Hémisphère Nord. Le Gulf Stream est un
courant constamment présent en Atlantique Nord. C’est à lui que nous devons la
persistance de climats plutôt chauds sur la côte Est des Etats-Unis, et tempérés
en Europe de l’Ouest. En effet, il appartient à un courant de taille supérieur
qui prend naissance dans les eaux chaudes du golfe du Mexique, puis passe entre
Cuba et la pointe de Floride (sa température est comprise entre 30 et 35°C dans
cette zone).
Il remonte ensuite vers le nord, et prend cap
vers l’ouest. Il traverse l’Atlantique où il se refroidit (25°C). Se
rapprochant de l'Europe, le Gulf Stream se sépare en deux : une partie va au nord en
direction de l'Islande, et l'autre au sud vers l'archipel des Açores. Mais toutes deux, à forte salinité,
s’enfoncent plus encore dans l’océan et sont bien plus fraîches (2°C), c’est là
que se termine le travail du Gulf Stream, et de son influence
bénéfique sur le climat de l’Atlantique Nord…
C’était donc il y a 8200 ans : la planète
quitte son dernier Age de Glace. Les températures remontent et les calottes de
glace aux pôles commencent à fondre. Mais c’est surtout un réservoir colossal,
le Lac Agassiz, dont l’eau douce semble avoir creuser dans la baie d’Hudson (pourtant
véritable barrage de glace) qui est suspecté d’avoir engendré un flux gigantesque.
Ainsi, en à peine quelques mois, celui-ci s’engouffre dans le courant salé Atlantique Nord…
Le niveau des mers monte. Eaux douces et salées
se mélangent, modifiant la densité générale : le Gulf Stream est
totalement perturbé et ne parvient plus à réchauffer le climat de part et
d’autre de l’Atlantique Nord… Les régions sur lesquelles est sensé veiller le
Gulf Stream sont soudain plongées dans un froid profond et durable. Quel
changement climatique brutal ! Il faudra certainement plus d’un siècle
pour que l’équilibre eau douce/eau salée se rétablisse, que les courants
océaniques s’ajustent et que les températures reviennent à la normale…
Notre avenir ?
Torbjörn Törnqvist publie son étude ce mois-ci
dans la revue en ligne Geophysical Research Letters. Il explique l’importance
de bien comprendre ce phénomène passé : « si
nous pouvons mesurer l’augmentation du niveau de la mer il y a 8200 ans, nous
pourrons être capable de convertir ceci en une quantité mesurable d’eau douce.
Avec nos premières données, nous savons maintenant que l’augmentation du niveau
de la mer était probablement inférieure à 1.2 mètre, un chiffre inférieur à
plusieurs estimations publiées auparavant.
Jean-Marc Jancovici, célèbre ingénieur conseil indépendant spécialisé sur les
questions de climatologie, avait abordé la question d’un éventuel refroidissement
brutal en Atlantique Nord sur la planète en plein réchauffement climatique, lors d’un discours qui précédait la présentation du film "Le
Jour d'Après" face à la presse. « Un tel refroidissement brutal de
l'ensemble de l'Atlantique Nord pourrait survenir si le Gulf Stream s'arrêtait à l'avenir comme il l'a déjà
fait à plusieurs reprises au cours des 100 000 dernières années, pour des
raisons désormais relativement bien connues » expliquait-il alors, précisant
que « par "brutal", il faut comprendre ‘en quelques décennies’ »
Pour Torbjörn Törnqvist, notre avenir
dépend de la compréhension que nous pouvons avoir de ce genre de
phénomène, et donc de notre anticipation : « les
climatologues ont un besoin urgent de ce genre d’information pour réaliser
leurs modèles climatiques dans le but de comprendre les conditions qui peuvent
produire un changement climatique si brusque ».
Et Jean-Marc Jancovici de nous
rappeler à juste titre… « ce que peut néanmoins dire la science,
c'est que tant que nous émettrons des quantités croissantes de gaz à effet de
serre, le risque qu'un tel arrêt du Gulf Stream se produise, d'ici quelques
décennies à quelques siècles, augmentera avec le temps... »
Caroline Lepage (article rédigé pour le site web Futura-Sciences, en 2006)
Le Jour d'Après/The Day After Tomorrow (film sorti au cinéma, en 2004)
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