Atelier "poissonnerie". La gratte ou ciguatera de laboratoire

Sous les Tropiques, sur les îles verdoyantes qui ont encore la chance d'être protégées de barrières coralliennes et de mangroves bien épaisses, on connaît bien cette intoxication alimentaire liée à la consommation de poissons contaminés. On dit simplement que les gens souffrent alors de "la gratte" (vomissements, diarrhée, douleurs abdominales)... Rien à voir avec un célèbre instrument, la guitare, ni avec la raie du même nom d'ailleurs, et encore moins avec de l'eczéma sur le plan purement médical tel qu'on le connaît en Métropole. D'ailleurs, en médecine occidentale "très continentale", en cas de pathologie avérée, on emploie plutôt le nom très exotique de ciguatera

Tout ça pour dire que le beau poisson bleu turquoise - non, ce n'était pas un napoléon, mais juste un labre juvénile ou bien un poisson perroquet qui adore "croquer" dans du corail bien goûtu, ou le mérou étoilé rouge vif (voire le pauvre diodon en fin de vie, qui sait ?), il aurait fallu s'abstenir de les dévorer entiers, à peine marinés dans des jus de citron lors de leur cuisson au feu de bois, sur cette plage paradisiaque. Ah, le fantasme du bivouac sur l'île déserte tant véhiculé par les films d'explorateurs ou de pirates des Caraïbes ! Et voilà que la ciguatéra n'aurait plus rien de naturelle, pour retrouver un peu d'exotisme aussi dans les métiers en blouse blanche qui envahissent de leurs tubes à essai les paillasses des laboratoires dans lesquels l'ennui n'a pas sa place, la passion non plus d'ailleurs. 

Parce que la santé humaine compte plus que la préservation des récifs coralliens du monde entier... Bon. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils ne protègent plus rien, ni les côtes australiennes, ni les côtes d'Indonésie, d'Hawaïi, de la Martinique, de Cuba ou de la Guadeloupe. On se souvient tous encore des ravages sur Terre du séisme puis du tsunami qui a balayé les côtes en Asie du Sud-Est le 26 décembre 2004, catastrophe naturelle responsable d'un très lourd bilan humain sur son passage... Alors, on cherche, on bosse et que ça saute, les techniciens de laboratoire, les chercheurs des sentiers naturels sous-marins et les plongeurs du dimanche, pas forcément mangeurs de poissons, de poulpes, d'huîtres, d'oursins et de homards d'ailleurs. Voici donc les dernières news du Grand Bleu pour ceux que ça intéresse et qui ne craignent toujours pas de mouiller leurs palmes dans des endroits improbables de notre planète

La ciguatéra, de synthèse

Un grand pas vient d’être franchi dans le domaine de la recherche sur la ciguatéra. Des chercheurs Japonais viennent en effet de réussir à produire en laboratoire deux formes de ciguatoxines, éléments responsables de la ciguatéra. La ciguatéra est une intoxication alimentaire provoquée par la consommation de gros poissons carnivores contaminés - mérous, carangues, barracudas, lutjans, etc. - généralement situés au sommet de la chaîne alimentaire dans les récifs coralliens... Elle se caractérise d’abord par des problèmes digestifs (vomissements, diarrhées), puis neurologiques, cardiaques et cutanés (démangeaisons, d’où son autre appellation de ‘gratte’). Dans les cas les plus graves, les symptômes neurologiques peuvent persister plusieurs mois, voire des années

400 espèces tropicales sont susceptibles d’être porteuses de la ciguatoxine. Comment se propage-t-elle ? Tout commence au niveau d’une microalgue qui produit la ciguatoxine. Gambierdiscus toxicus - c’est le nom de ce dinoflagellé - se multiplie et recouvre les coraux lors de circonstances particulières (pollution, cyclones, réchauffement de l’eau, etc.) qui perturbent l’écosystème corallien. Les poissons herbivores broutent les algues sur les coraux et ingèrent le dinoflagellé au passage. Lorsqu’ils sont à leur tour dévorés par des carnivores, ils les contaminent.

Chaîne alimentaire naturelle "interrompue" au labo'

La toxine s’accumule ainsi d’un maillon à l’autre de la chaîne alimentaire et finit par se concentrer essentiellement dans la tête et les viscères - en particulier au niveau du foie - des prédateurs, mais aussi dans leurs muscles. Hélas, les poissons responsables de l’intoxication alimentaire chez les humains en contiennent d’infimes quantités. Il est donc très difficile d’en obtenir suffisamment pour l’étudier. Pour couronner le tout, un simple coup d’œil ne permet pas au consommateur de savoir si l’animal qu’il s’apprête à savourer est ou non infecté...

Il a fallu attendre 1989 pour découvrir la structure de la ciguatoxine, opération qui a nécessité de sacrifier "un paquet" de murènes javanaises : 5 tonnes au total ! Avec ça, les chimistes ont extrait seulement 0,3 mg de ciguatoxine. Etape suivante ? Trouver un remède efficace mais comment si l’on ne dispose pas de grandes quantités de ciguatoxine ? Les Japonais Masayuki Inoue et Masahiro Hirama viennent de réaliser une prouesse qu’ils décrivent dans une revue scientifique publiée en août (Journal of American Chemical Society) : produire une molécule de synthèse identique à la ciguatoxine naturelle ! Un progrès considérable qui donne enfin la matière dont avaient besoin les pharmacologistes pour mettre au point un médicament efficace…

Caroline Lepage (article publié dans le magazine Apnéa, 2006)









Qui était le Commandant Jacques-Yves Cousteau (1910-1997) ? (archives INA, 1995)

La Petite Sirène (Disney, 1989)


Cerise Calixte "Le Bleu Lumière" (Vaiana, 2016)

La Compagnie Créole "ça fait rire les oiseaux" (1986)

Zouk Machine "Maldon" (1989)

Busy Signal "Jamaica Jamaica" (2020)
 

LITTORAL, EAU, OCEANS, PLONGEE, ENVIRONNEMENT MARIN
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