Ski Alpin, Avalanche et Sécurité en mode Vitesse Supérieure

Nous sommes bien en hiver. Et malgré les observations parfois terrifiantes des indomptables effets du réchauffement climatique, même en France, sur nos plus solides massifs montagneux, les premiers flocons ont fait leur apparition en altitude puis en plaine dés le mois de Novembre. Ils ont enneigé ainsi progressivement et durablement les sommets des Alpes et des Pyrénées. Le bonheur absolu, sans interdit ou presque sur les plus vastes domaines skiables de France, pour les skieurs aux corps et au mental d'acier bien sûr préparés toute l'année pour une activité physique aussi intense... 

D'autant plus que le ski alpin se pratique sur pentes abruptes bien enneigées. Ces sports d'hiver, c'est beaucoup de géométrie (pas "de Bisounours", certes, enfin plutôt de Yéti ou Abominable homme des neiges), mais qui incite fortement à aimer les notions mathématiques de triangles, droites, courbes à grande vitesse, sans rien connaître encore officiellement du domaine des Fractales qui pourraient bien un jour révolutionner la science "du tir de flocons de neige" de plus en plus beaux et à l'air plus naturel par les canons à neige. De quoi même peut-être sauver, dans un futur pas trop lointain, des stations de sports d'hiver actuellement menacées également par la disparition de la mythique Mer de Glace dans la vallée de Chamonix, par exemple ?

Enfin, s'agissant de structures aériennes sur pistes bien enneigées, même dans les champs de bosses parfois entourées de neige fort poudreuse, il est forcément question aussi de crème Chantilly à ajouter sur les crêpes au sucre. On ne peut pas aimer le ski alpin si l'on n'est pas gourmands avérés aux coups de fourchettes mille fois appréciés lors des présentations de plats d'hiver les plus conviviaux ! En effet, il faut pouvoir enchaîner les descentes et savoir prendre les remontées mécaniques, toujours avec bonne mine, toujours avec dynamisme. Or, ce genre de nombre de descentes à très haute altitude, en terme de dépenses énergétiques en haute montagne et d'air parfois glacial peut finir en fin de semaine, sans bon entraînement physique régulier sur l'année, par vous tétaniser certains muscles sensibles (et pas que le coeur !) jusque dans la respiration. Surtout les vendredis qui peuvent devenir encore plus dangereux en fin d'après-midi, quand les jeunes les moins expérimentés sont fatigués et qu'ils sentent arrivés la fin des vacances... Dans une pente "au vide" vertigineux devant soi, rendu encore plus impressionnant par l'impression de proximité avec le ciel - que de grands espaces en montagne ! - on réalise que le ski alpin n'a rien à voir avec le ski de fond, à plus basse altitude. C'est un peu la même chose qu'en plongée sous-marine : les dangers augmentent avec la profondeur et le plaisir n'est pas le même pour tous les niveaux de plongeurs démarrant en surface.

Bien échauffés chaque matin, des chanceux ont rendez-vous pour une semaine de vacances très sportives (ou deux, selon les moyens des adultes les plus motivés) avec des sensations fortes garanties à haute dose, eux qui sont en quête de glisse facile, rapide, et de plaisir de vitesse assurée à chaque descente, montées d'adrénaline, voire même recherche d'adresse sur leurs très chers et fidèles skis droits, pas toujours paraboliques donc malgré la mode actuelle... Car savoir prendre les virages avec aisance sur une bonne neige déjà "bien travaillée", sourire aux lèvres, ça n'est clairement pas donné à tout le monde. 

Mais attention donc, une menace plane sur ceux qui oseraient s’aventurer hors des sentiers battus : les avalanches ! Portrait de ces sournoises et sauvages "Dames Blanches" de la nature, "filles du ciel des sommets" qui peuvent tuer, loin des pistes damées. Heureusement, ces avalanches non maîtrisées "balayent" rarement les pentes raides et autres Pistes Noires, plus souvent Rouges en réalité parfaitement balisées, sous le contrôle des Professionnels de nos montagnes, hautement qualifiés surtout dans les plus belles stations de Sports d'Hiver... Les habitués de la Savoie, des descentes en luge dans nos campagnes, des crozets, tartiflettes, raclettes, fondues savoyardes (au Beaufort) et même des classiques barres chocolatées "survitaminées" et hypercaloriques genre Mars, Balisto, Snickers, Lion, Nuts, Crunch et compagnie (si rassurantes pour les parents, n'ayant pas à se soucier du risque d'hypoglycémie de leurs chers enfants en haute montagne), comme les moniteurs de ski parfaitement bronzés, et qui portent si bien les lunettes de soleil haute protection et la combinaison rouge, en savent quelque chose. Le ski, c'est avant tout du sport (et du muscle dans "les pattes") !

Les Bronzés font du ski (1979) à Val d'Isère... "La coulée du Grand Bronze" (qui, dans la réalité, n'existe pas !) 😎

 

Gare donc, on ne plaisante pas avec l'air froid de la montagne, le poids de la neige, les risques de fontes du manteau neigeux, l'ensoleillement de courte durée parfois, le côté imprévisible du ciel virant rapidement du bleu au gris en un week-end dans les Alpes, les probabilités de tempêtes hivernales et le sport à très haute altitude de façon générale. Risque d’avalanches de niveau 4 sur une échelle de 1 à 5 en ce week-end du 1er janvier 2006. Et... Six morts rien qu’en Savoie et Haute-Savoie ! Il y a de quoi prendre ces "dames blanches" très au sérieux.

Mais avant de comprendre comment elles naissent, intéressons-nous à de minuscules entités qui ne révèlent leur finesse géométrique qu’au microscope, les flocons de neige. Pour eux, tout commence dans les nuages chargés de particules (cristaux de sel, poussières, etc.), les noyaux de condensation. En effet, la vapeur d’eau se condense autour d’eux pour former des cristaux de neige. Température, diamètre du noyau, etc. conditionnent leur architecture : aiguilles, colonnes, étoiles et plaquettes pour les monocristaux, ‘soudure’ de plusieurs types de monocristaux (polycristaux) ou de monocristaux identiques (cristaux composites).

De 0 à 4°C ?

En quittant les confortables nuages, les cristaux sont soumis à un nouvel environnement. Soit ils y résistent en tombant sous leur apparence quasi-initiale, soit ils changent de look sous l’influence de l’air souvent plus chaud. Ainsi, entre 0°C ou -1°C, ils tombent en petits flocons isolés… condition idéale si les chutes sont abondantes pour ‘saupoudrer’ durablement le paysage ! S’il fait plus doux - autour de 1°C - les flocons, enchevêtrés sont plus gros et partiellement fondus en arrivant à terre, la neige risque de ne pas tenir et se transforme carrément en pluie entre 2°C à 4°C.

Prenons de l’altitude. Les cimes sont d’un blanc immaculé et les pistes… bien damées. Quelques montagnes inexploitées par les skieurs portent les empreintes de mini-avalanches, coulées apparemment sans gravité. Boum ! Un bruit d’explosion vient perturber la tranquillité de cet après-midi ensoleillé. Pas question de chômer pour les artificiers - question de sécurité - car justement, le réchauffement est l’un des éléments déclencheurs d’avalanches.

La structure du Millefeuille

Inclinaison de la pente, augmentation du poids de la neige, modification de la cohésion des flocons par transformation des grains de neige sont autant de facteurs qui y contribuent également. Si bien qu’il existe plusieurs types d’avalanches en fonction de l’état du manteau neigeux. Résultat de l’accumulation de couches aux propriétés physiques différentes, ce blanc mille-feuilles peut aisément perdre son fragile équilibre. Grosses chutes de neige fraîche, température basse et durable ? 

Risque accru d’avalanches poudreuses ! Ces sortes de nuages gavés d’air et de neige (aérosols) peuvent s’élever à plusieurs centaines de mètres et engloutir la pente avec une énergie colossale et une vitesse vertigineuse, parfois à plus de 350 km/h. Elles ne sont freinées que par les frottements contre l’air. Lorsque la couche de surface, installée depuis un certain temps, forme des plaques à forte cohésion sur une sous-couche instable, il arrive qu’elles se brisent à la moindre ‘contrariété’ (formation de congères par accumulation de neige portée par le vent, surpoids soudain, etc.). 

On parle d’avalanches de plaques, typiquement celles déclenchées par le passage de skieurs en hors piste ! Avalanches de blocs durs, de poudreuse (blocs friables) ou de lentes coulées de neige - entre 20 et 60 km/h - alourdie au printemps par l’ensoleillement plus intense, elles sont davantage canalisées par le relief et s’arrêtent plus rapidement à la rencontre d’obstacles (forêts, fin de la pente…) que les très grosses et impressionnantes avalanches poudreuses. Ces dernières ont plutôt tendance à partir dans n’importe quelle direction…

Sous haute surveillance

Bref, le danger est omniprésent. Mais le manteau neigeux dans les Alpes, les Pyrénées et en Corse est sous haute surveillance. Par Météo France bien sûr (9 centres départementaux) épaulé in situ par une vingtaine de stations automatiques autonomes qui forment le réseau Nivose et par 140 sites entre 1000 et 2000 mètres d’altitude faisant l’objet de mesures et observations humaines. Prévoir les risques, tel est le quotidien des experts nivologues de Météo France qui disposent également de puissants outils de simulation informatiques (Safran, Crocus, Mepra). 

Par ailleurs, les avalanches sont passées au peigne fin en laboratoire (Cemagref, CNRS, etc.) par les chercheurs. Eux utilisent la reproduction à petite échelle du phénomène et la modélisation numérique. Aujourd’hui, miser sur un système de surveillance aussi complet et performant limite évidemment les risques d’accidents. Hélas, les avalanches tuent encore et toujours, environ 25 personnes chaque année en France !

Caroline Lepage (article publié dans le magazine Questions Réponses, 2006)













Pour en savoir plus :

DVD Neige et Avalanches édité par le Centre de Documentation Pédagogique de Grenoble

www.meteo.fr (Météo France)

www.anena.org (ANENA, Association Nationale pour l'Etude de la Neige et des Avalanches)


Le "Hors-piste" : beaucoup plus de risques !

N’oubliez jamais cela : le risque zéro n’existe pas. Et sachez qu'après l’avalanche, le temps presse pour les éventuels skieurs ensevelis. La probabilité de survie d’une victime est estimée à 93% dans le premier quart d’heure. Au-delà de 45 minutes d’ensevelissement, ce chiffre chute à 26% en raison du risque important d’asphyxieEn quittant les pistes balisées, autant prendre les précautions et avoir les bons réflexes pour passer un bon moment en toute sécurité… D’abord, informez-vous ! 

En plus d’un coup d’œil sur le temps, les panneaux d’affichage et les drapeaux (jaune, risque limité ; à damier, important ; noir, très fort), consultez le Bulletin du Risque d’Avalanche (BRA) de Météo France et questionnez les pisteurs. Toujours accompagné, ne partez que si la météo le permet et que vous avez la forme physique et le niveau d’expérience suffisant pour pratiquer le hors-piste. Signalez l’itinéraire et l’heure de retour prévue à votre entourage. Côté matériel, équipez-vous : émetteur-récepteur Arva allumé (Appareil de Recherche de Victime d’Avalanche), réflecteur Recco, pelle, sonde, casse-croûte, boissons, vêtements chauds etc. 

Evitez les pentes trop abruptes et ensoleillées. Skiez (ou surfez...) espacés les uns des autres, d’abord pour éviter une surcharge du manteau neigeux, mais aussi pour ne pas que celui en amont déclenche une avalanche sur les autres en aval. Pris dans une coulée neigeuse ? Tâchez de vous maintenir en surface par appui sur les blocs de neige ou en effectuant des mouvements de crawl s’il s’agit de poudreuse. Fermez la bouche. Protégez vos voies respiratoires et refermez vos bras devant le visage de façon à conserver une poche d’air qui, au moment de l’arrêt de l’avalanche, vous assurera de quoi respirer en attendant l’arrivée des Secours.

Avalanche "Johnny, Johnny come home" (1989)

Chiens d'Avalanches, ces héros de nos montagnes (JT 13 heures de TF1 Infos, 2023)

Les Bronzés font du Ski "La crêpe au sucre" (1979)

    

Formation des flocons de neige, santé, nature et Recherche dans le domaine mathématique des fractales (Sigma Documentaries, 2021)


Fatal Bazooka, Michaël Youn "Fous ta cagoule" (2013)   

Découverte de Mouthe, village typique très froid du département du Doubs en Franche-Comté, paradis du ski de fond et "petite Sibérie" des montagnes du Jura (2015)  



HIVER, NEIGE, GLACIERS, SKI ALPIN, MONTAGNES
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