Fossiles : un os de T. rex fatalement exceptionnel !

Mary H. Schweitzer et John Horner, paléontologues américains en mission dans le Montana, ne devaient pas s’attendre à des fouilles aussi fructueuses. Non seulement ils ont découvert un fémur de Tyrannosaurus rex, mais en plus, une première analyse de l’os, âgé de 68 millions d’années, leur a permis d’en extraire de véritables tissus organiques ! Une prouesse scientifique et une découverte qui pourrait peut-être enfin apporter des éléments de réponses à toutes les interrogations restées en suspens à propos des dinosaures, carnivores comme herbivores…

L’annonce, publiée le 25 Mars 2005 dans la revue Science, a eu l’effet d’une bombe. Le débat passionné sur la course de l'impossible clonage de ces "animaux éteints" est donc relancé... Les sceptiques d’un côté, les bluffés de l’autre ! L’idée que l’on ait pu découvrir des tissus organiques préservés ne pouvait laisser personne indifférent, surtout s’agissant de l’emblématique T. rex. Dans l'inconscient collectif, peut-être l'équivalent du lion, Roi des animaux mais au temps des dinosaures...

Bête de muscles dotée d’une effrayante mâchoire, le tyrannosaure (ou T. rex pour ses éternels fans) vivait en Amérique du Nord, il y a 65 à 83 millions d’années. Il était capable de courir à 45 km/h, et ne laissait aucune chance à ses proies favorites, Triceratops et Edmontosaurus. Cette représentation de créature invincible a fait de lui le héros de la trilogie Jurassic Park et l’idole de générations d’enfants.

Ainsi, le spécimen a été découvert en 2003 dans le Montana, aux Etats-Unis bien sûr. D’ordinaire, les paléontologues prennent soin de ne pas abîmer les fossiles. Seulement, cette fois, ils ont dû le briser pour l’extraire du site de fouilles. Ils en ont profité ensuite pour déminéraliser plusieurs échantillons, et ont eu la surprise d’obtenir un matériau fibreux, élastique et transparent

L’os, résistant, protège les organes et sert de charpente aux muscles. Bien sûr, chez un être vivant, il comporte aussi des tissus mous : des cellules appelées ostéocytes, des fibres de collagène, d’autres protéines ainsi qu’un réseau capillaire issu d’artères nourricières.

Or, en Microscopie Electronique, Mary H. Schweitzer a identifié des ostéocytes et des vaisseaux sanguins avec des globules rouges à noyaux comme chez les autruches ! Cette étonnante observation mérite d’être approfondie. « Nous sommes en cours d’analyses des tissus, afin de déterminer leur composition moléculaire » précise-t-elle. 

Mais que peut-elle encore découvrir ? Peut-être des informations qui nous font depuis longtemps défaut, sur la physiologie par exemple : les dinosaures étaient-ils des animaux à sang froid ou à sang chaud ? Ont-ils réellement un lien de parenté avec les oiseaux ? Peut-on espérer un jour faire renaître ces créatures énigmatiques ? Pour répondre à ces questions et comprendre le véritable enjeu de son étude, il faut retourner dans le passé…

Une science jeune

La paléontologie centrée sur les dinosaures est relativement récente. C’est en 1824, en Grande-Bretagne, que le géologue William Buckland décrit le Megalosaurus, un gros lézard à dents tranchantes. Un an plus tard, Gideon Mantell, passionné de fossiles, découvre les restes d’un énorme reptile herbivore qu’il nomme Iguanodon, puis ceux de l’Hylaeosaurus.

Contrairement aux reptiles actuels qui rampent à l’image du crocodile, la structure du bassin et des membres de ces trois là indique que leur corps est plus en hauteur. Pas de doute pour le paléontologue Richard Owen : ils marchent sur leurs 4 pattes comme le font les éléphants et forment un groupe disparu qu’il baptise dinosaures (‘terribles lézards’) en 1842. A cette époque, on les imagine encore comme de terrifiants dragons…

En 1883, le public les rencontre enfin lors de l’exposition d’un Iguanodon à Bruxelles (Belgique) : le coup de foudre est immédiat ! On découvre plus tard, grâce aux fouilles en Europe et dans l’ouest des Etats-Unis que la famille des dinosaures est plus grande qu’on ne le supposait, et que certains d’entre eux se tenaient debout sur leurs pattes arrières.

De nouvelles énigmes

En 1923, lorsque des chercheurs américains trouvent des œufs en Mongolie, le monde entier en reste bouche bée. Les dinosaures étaient bien OVIPARES ! En réalité,  cette découverte est française… On la doit à l’Abbé Jean-Jacques Pouech qui, dans les années 1850, avait déniché en Ariège d’étranges coquilles, « peut-être de dinosaures » pensait-il, et à Philippe Matheron, un ingénieur qui dirigeait un chantier en Provence.

Soutenu par la communauté scientifique, Charles Knight (1874-1953), peintre spécialisé en préhistoire, joue un grand rôle dans la vision moderne des dinosaures. En 1969, la découverte de Deinonychus antirrhopus par John Ostrom dans le Montana, laisse suggérer qu’ils pouvaient être de redoutables prédateurs, capables de courir et se déplaçant parfois en groupe. On est loin des dinosaures herbivores patauds et solitaires décrits aux débuts de la paléontologie…

A ce sujet, Ostrom reste dubitatif : comment étaient-ils si dynamiques, alors que les reptiles à sang froid ont un métabolisme ralenti qui ne leur permet pas de grosses dépenses énergétiques ? Les dinosaures pouvaient-ils avoir une physiologie semblable à celles des mammifères, animaux à sang chaud ? Cette idée révolutionnaire allait devenir l’objet d’une gigantesque controverse. 30 ans plus tard, nous sommes toujours dans le doute, faute de preuves.

« Habituellement, nous ne récoltons que les parties dures : os, dents, coquilles d’œufs » assure le Dr Mary H. Schweitzer, et cela ne suffit pas hélas à répondre à la question. Hormis dans la glace et l’ambre, le potentiel de fossilisation des parties molles est très faible. « Parfois, dans de très rares circonstances, nous découvrons des éléments étant, à l’origine, des tissus mous. Par exemple, de la peau, des plumes, le contenu des intestins… qui ont été préservés soit par perminéralisation », une transformation rapide, immédiatement après la mort, de la matière organique en substance minérale et qui donne une reproduction en 3D des parties molles, « soit par films de carbone, qui conservent certaines des formes des structures, bien qu’il ne reste aucun tissu d’origine » poursuit la scientifique.

Ce type de fossilisation a été observé par Luis Chiappe en 1998 en Patagonie, où il avait découvert des restes de peau d’embryons de dinosaures, et plus récemment en Chine où ont été retrouvés des dinosaures à plumes.

Un challenge

En parlant de plumes, revenons à Ostrom. Suite à l’examen d’un Archaeopteryx fossilisé, le plus ancien oiseau connu, il réalise que celui-ci, par ses plumes, a tout d’un oiseau… mais que son squelette n’est guère éloigné de celui des petits dinosaures carnivores. Il émet alors l’hypothèse, évoquée à la fin du XIXe siècle et rapidement oubliée, d’un lien entre les dinosaures et les oiseaux. Cette observation relance la recherche et les fouilles s’étendent à des régions de la planète que les chercheurs n’étaient jamais vraiment allés explorer (Thaïlande, Antarctique).

Si les techniques modernes de biologie moléculaire permettent de dater des tissus animaux, d’identifier des protéines particulières, de copier de l’ADN, il y a peu de chance pour que le Dr Mary H. Schweitzer parvienne à récupérer cette précieuse molécule, bien trop fragile pour surmonter les épreuves du temps… L’ambition de redonner vie aux dinosaures reste une belle utopie, mais « l’histoire suit son cours, et lorsque nous en apprendrons davantage, nous le signalerons dans des revues scientifiques ! » promet la paléontologue, encore fascinée. Le vrai challenge aujourd’hui pour elle est d’isoler des protéines, et découvrir de nouveaux éléments concernant la physiologie des dinosaures…

Caroline Lepage (article publié dans le magazine Questions Réponses, 2005)








5 questions posées à la chercheuse Mary H. Schweizer

- Qu'avez-vous ressenti quand vous avez réalisez l'importance de la découverte ?

Je n'y croyais pas du tout... Jusqu'à ce que nous ayons réalisé plusieurs fois l'expérience.

- Et si un os de dinosaure issu de fouilles précédentes avait lui aussi été brisé, aurait-il pu être possible d'y trouver également des tissus mous ?

Je pense que si d'autres chercheurs avaient utilisé les méthodes que nous avons appliquées, ils auraient certainement pu découvrir le même genre de choses.

- Serait-il possible de casser des os précieusement conservés depuis leur découverte et d'observer d'autres tissus de cette nature ?

En effet. Nous avons signalé la présence de tissus mous, de structures comme des vaisseaux ou des cellules, provenant de trois autres dinosaures dans notre publication.

- Pourrez-vous extraire des molécules telles que des protéines ou de l'ADN ?

Nous essayerons d'extraire et d'analyser des protéines. D'ailleurs, nous avons déjà commencé. L'ADN, ce sera pour beaucoup plus tard...

- Pensez-vous qu'il puisse d'agir d'une nouvelle forme de fossilisation, et que nous puissions trouver d'autres os comme celui-ci ? 

Oui, je le pense. La chose la plus excitante que nous puissions dire à présent, c'est que nous avons découvert un nouveau mode de fossilisation dont nous ignorions l'existence. Peut-être qu'il aura permis la préservation de molécules originales du dinosaure, ou peut-être que non. Mais le matériel préservé devrait éclaircir des aspects de la biologie des dinosaures jusqu'alors inaccessibles.


Dr Mary Schweitzer discovers T red blood cells (Horizon, Dinosaurs, The hunt for life, BBC, 2013)
 

Kong vs. T.rex scene (King Kong, 1933) 
 

King Kong-T.rex Fight (King Kong, 2019)  

Jurassic Park, extrait "L'enclos du T. rex" (1993)

Jurassic Park : Survival (2023) 

 

Dimitri Vegas, David Guetta, Loreen "Pum Pum" (2025)
 

HISTOIRE, ARCHEOLOGIE, PALEONTOLOGIE, ASTRONOMIE
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