Oasis dans les abysses

Qu'abysses puisse rimer avec oasis dans l'obscurité à forte pression et basse température, impossible ? Pourtant, ce 17 février 1977 dans le Pacifique, alors que le submersible américain Alvin survole la dorsale des Galapagos à la recherche de sources chaudes, surprise : à -2500 m, la vie grouille !

Anémones, vers (de Pompéi, Riftia), moules, palourdes, crevettes, crabes - espèces jusque là inconnues - s'entassent dans une eau tiédie par les rejets à 350°C de cheminées volcaniques. Cette faune doit beaucoup à l'hydrogène sulfuré (H2S) des fumées brûlantes et aux bactéries

Elles en tirent l'énergie pour produire la matière organique (rôle tenu par la lumière en surface dans la photosynthèse des végétaux). C'est la chimiosynthèse essentielle à la chaîne alimentaire massée autour des sources hydrothermalesDepuis cette plongée marquante dans l'histoire de l'océanographie, d'autres oasis abyssaux ont été repérés. Et il en reste des tas à explorer...

Scoop en Periscop

Comment remonter intacts les animaux des profondeurs et les observer vivants en laboratoire sous la pression de leur milieu naturel ? Sacré défi ! Faute de temps – les espèces les plus résistantes à cette décompression forcée ne survivant pas plus de quelques jours -, les biologistes ont d'abord été obligés de les étudier en mer sur les navires de recherche. Pour la recompression, ils se débrouillaient avec les aquariums élaborés par l'équipe de James Childress de l'Université de Californie, spécialisée dans l'étude du ver géant Riftia pachyptila.

Mais en 2006, lors de la campagne Momareto du "Pourquoi pas" de l'Ifremer, l'invention des français Bruce Shillito et Gérard Hamel (Université Pierre et Marie Curie) a ouvert de nouvelles perspectives. A -2300 m, l'aspirateur à faune du robot sous-marin Victor 6000 a avalé un poisson Pachycara saldanhai avant de l'envoyer dans un cylindre appelé Periscopette. Celle-ci, une fois enfilée dans le Periscop (Projet d'Enceinte de Récupération Isobare Servant à la Collecte d'Organismes Profonds) a permis de lui offrir une remontée 5 étoiles, dans des conditions de pression identiques à celles de son habitat.

Le poisson, ayant échappé à la dégringolade des bars entre les sources hydrothermales d'où il provenait et la surface, est arrivé sur le bateau "frais comme un gardon" ! Belle victoire technologique mais il reste à mettre au point un système permettant sans la moindre décompression intermédiaire de faire passer les animaux prélevés dans les abysses directement du Periscop à un aquarium pressurisé...

Caroline Lepage (article publié dans le magazine Plongeur.com, 2012)




Ifremer "La crevette des abysses" (2020)

 

BBC Earth "The strange and unusual creatures of the deep ocean" (2025) 
 

HISTOIRE, ARCHEOLOGIE, PALEONTOLOGIE, ASTRONOMIE
Lire aussi :

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Riviera Maya : le village d'Akumal au Mexique

Mort et idées noires du bon chien (de garde)

Décès, 6 Janvier 2026, d'un grand musicien, mon cousin : Frédéric Simonin